La dernière scène de ménage avait été si âpre que personne ne s’attendait à une telle réconciliation. Et pourtant, hier après-midi à Aicirits, les producteurs de lait de brebis de la FDSEA et d’ELB ont avalisé un compromis pour le moins inattendu. La rumeur courait depuis quelques jours et ce n’est que mardi soir tard dans la nuit que les actuels responsables de l’AOC Ossau Iraty (issus de la FDSEA) et ceux de l’ancienne équipe (ELB) sont parvenus à un texte de consensus sur le cahier des charges de l’appellation fromagère.
Depuis un an, celle-ci était en effet complètement bloquée. Les producteurs d’ELB avaient engagé depuis 2001 un renforcement des conditions de production et de transformation du fromage basco-béarnais. Une procédure qui avait abouti en 2005, et que le ministère de l’agriculture avait validée par un décret. Or, la FDSEA et sa liste Denentzat prenait le pouvoir il y a un an après des élections sur fond de contestation des évolutions engagées par l’équipe dirigée par ELB. Denentzat estimait que les mesures étaient trop restrictives et obtenait que le décret pourtant validé ne soit pas publié, une première.
Mais depuis, rien n’a bougé, ni dans un sens ni dans l’autre, entretenant l’état de crise. "Les réunions de secteurs (un préalable à l’assemblée générale, ndlr) ont mis en évidence le fait que les éleveurs veulent qu’une issue soit trouvée. Nous avons donc entrepris des négociations avec l’ancienne équipe pour que la solution vienne des éleveurs", a expliqué Patrick Etchegaray, président de l’Ossau-Iraty. "Il y a eu des concessions des deux parties, il n’y a ni vainqueur, ni vaincu, c’est l’AOC qui s’en sort renforcé", a-t-il ajouté.
"Certains le ressentiront comme un accord un peu brutal mais la crise durait depuis six ans. Aujourd’hui, on renforce l’AOC et son unité, cela nous donne encore plus de légitimité pour demander aux organismes autour de nous de suivre cet effort. C’est aussi important que les mesures en elles-mêmes", a commenté de son côté Michel Oçafrain, ancien président ELB de l’AOC.
Les points qui faisaient le plus débat concernaient l’alimentation des animaux. L’utilisation de l’ensilage sera interdite durant la période de traite à partir de novembre 2018 (ELB préconisait 2015). Celle des mélanges d’aliments, dit ration complète, le sera à partir de novembre 2011 (ELB souhaitait l’interdiction immédiate, la FDSEA ne la souhaitait pas). La quantité d’aliments achetés hors de la zone AOC est limitée à 320 kg de matière sèche par brebis au lieu de 240 mais avec abaissement du niveau à 280 kg à l’horizon 2011. Enfin, le texte prévoit l’autorisation du report sous vide des fromages jusqu’en 2011 ainsi que l’utilisation de deux conservateurs auxquels les laiteries tenaient particulièrement, faute de solution alternative pour l’instant.
Il faudra voir maintenant si le CNPL (Comité National des Produits Laitiers) accepte d’entériner ce nouveau cahier des charges. Si l’accord intervenu entre les deux parties est un geste fort de la part des producteurs, rien ne permet d’avancer que le comité acceptera de revenir sur un texte qu’il a validé il y a un an.