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Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2006-10-28
Anaiz FUNOSAS / Askatasuna
Non à la répressionAmnistia eta askatasuna

Cette année 2006 n’est pas comme les autres. Des années de travail et de lutte ont mené à la proposition émise par la Gauche Abertzale à Anoeta puis à l’annonce d’une trêve permanente par l’organisation armée ETA. Autant de pas importants qui ont rallumé dans notre pays l’espoir que le conflit politique historique, à l’origine de tant de souffrances, puisse enfin être résolu de façon démocratique, seule garantie d’une solution juste. Pourtant, l’automne est là, et il n’est pas différent des précédents: des centaines de réfugiés politiques basques vivent toujours loin de chez eux, ou clandestins dans leur propre pays, dans tous les cas dans des conditions extrêmement précaires. Les prisonniers subissent toujours, et de plus en plus, les politiques pénitentiaires criminelles spécialement concoctées pour les détruire, en tant que personnes et en tant que militants : allongement des peines, privation de soins médicaux, mauvais traitements, éloignement, isolementŠ Quant à leurs proches, parents et amis, ils le savent : les routes sont glissantes en cette saison, et le chemin des visites encore plus épuisant et dangereux. Déjà 20 accidents depuis le début de l’année !

Que dire, à l’heure où le débat est arrivé à Strasbourg, de l’attitude de l’État français, qui déclare que le processus est une affaire qui ne regarde que l’Espagne ? Aux appels au dialogue, il répond par un arsenal de mesures d’exception renforçant encore la machine de guerre anti-basque qu’ils dénomment la 14ème section antiterroriste, très proche parente de l’Audience Nationale madrilène. À la soif de démocratie, il répond par des changements législatifs dignes d’une dictature. Nous pouvons citer l’exemple de la loi Sarkozy 2005, instaurant entre autres nouveautés, le prolongement de la garde à vue à 6 jours, les perquisitions sans témoin à toute heure du jour ou de la nuit, etc., etc., toutes mesures favorisant, il faut le dire en passant, la pratique de la torture.

Ainsi, cet automne nous pouvons et pourrons profiter des conséquences concrètes de cette ligne politique : avec les procès spéciaux par exemple, lors desquels des dizaines de citoyens basques vont être jugés par une juridiction spécialement conçue pour que leur droit à la défense soit le plus réduit possible, et que leurs peines soient encore plus lourdes ; avec la mise en pratique effective par l’État français de la prison à vie, autrement dit sans espoir de libération. Là encore il suit l’exemple montré par son voisin espagnol (le procès insensé d’Iñaki de Juana a lieu au moment d’écrire ces lignes), et le prisonnier politique basque Filipe Bidart et sa famille viennent de faire cruellement les frais, grâce à une entourloupe (encore la loi Sarkozy) consistant à confier le suivi des prisonniers politiques condamnés (demandes de libération, remises de peineŠ) à un juge parisien qui aura pour missionŠ de les refuser.

Toutes ces nouveautés n’ont bien sûr pas remplacé notre lot habituel d’agressions de la part des deux États en cause dans ce conflit. Les arrestations (hier encore les porte-parole respectifs d’Etxerat et du Mouvement pour l’Amnistie), les contrôles et perquisitions continuent. La collaboration politique, policière et judiciaire de l’État français avec les autorités espagnoles aussi : les mandats d’arrêt européens, les extraditions, les expulsions sont toujours d’actualité, comme le sait bien Fernando Bert, prisonnier politique basque détenu en France et actuellement en grève de la faim car il risque d’être remis par la police française à son homologue espagnole le 9 novembre prochainŠ Quant à la rue, les manifestations de solidarité sont toujours réprimées et les revendications légitimes criminalisées, jusqu’à l’illégalisation sur une partie du Pays Basque, la liste des agressions dans ce domaine serait trop longue à détailler ici.

Dans ce lourd contexte, nous avons deux messages à adresser. Le premier est pour l’autoproclamée patrie des Droits de l’Homme, et il est très clair: vous ne pouvez pas continuer de dire que vous n’êtes pas directement concernés par ce conflit en prenant une part aussi active à la répression que nous subissons. C’est nier l’évidence, tout le monde le sait ici et vous le savez aussi. C’est votre refus de notre existence et le mépris dans lequel vous tenez nos droits qui sont à l’origine de ce conflit. Cet entêtement est une grave erreur politique, aux conséquences funestes, et c’est pourquoi vous devez changer d’attitude. On ne pourra pas parler de résolution sans la participation de la France, tôt ou tard vous y participerez, c’est la voie de la raison. Alors pourquoi attendre encore?

Le second à la société basque: nous le savons aussi, nombreux sont ceux, parmi nous, qui voient leur vie entière conditionnée -voire dévastée- par les conséquences sanglantes de ce conflit. Le travail de solidarité et de soutien envers eux est plus que jamais indispensable. Nous voulons aussi souligner à nouveau l’importance cruciale de la mobilisation populaire qui seule pourra véritablement garantir des conditions démocratiques, sans lesquelles il restera obligatoirement lettre morte. Les autorités françaises aussi doivent nous entendre, mobilisons-nous!

Pour tout cela, nous appelons chacun et chacune à participer à la manifestation du 11 novembre à Donibane-Lohitzune sous le thème Non à la répression Amnistie et Askatasuna ainsi qu’à l’Elkartasun Eguna qui aura lieu le lendemain à Hazparne.


 
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