Le Parti Populaire campe sur ses positions
·La rencontre Zapatero-Rajoy, neuf mois après le cessez-le-feu, n’a pas changé la donne : le PP refuse le processus
Le Parti Populaire présidé par Mariano Rajoy campe sur les positions qu’il avait fixées lors de son dernier entretien avec José Luis Rodríguez Zapatero, le 28 mars dernier, quelques jours après l’annonce historique par l’ETA d’un "cessez-le-feu permanent". La rencontre d’hier entre l’ancien ministre de l’Intérieur et l’actuel chef du gouvernement, la première en neuf mois, n’a pas servi à changer la ligne stratégique du premier parti de l’opposition, lequel refuse toute initiative de dialogue et de négociation pour résoudre le conflit basque.Le président du PP est arrivé peu avant 10h.Il était reçu aux pieds des escaliers du Palais de la Moncloa par le chef du gouvernement, le socialiste José Luis Rodríguez Zapatero. Le geste a son importance, parce que son précédesseur avait l’habitude de recevoir les représentants des partis de l’opposition à la porte d’entrée, marquant ainsi une distance, une supériorité qui, hier, a été délibérément effacée du protocole. Mais le geste n’a pas eu d’effet apaisant sur l’invité. Une heure et demie après, Mariano Rajoy quittait le palais gouvernemental et donnait rendez-vous à la presse au siège du PP. Un geste important aussi, parce que d’habitude les conférences de presse se font dans une salle de la Moncloa. L’ancien ministre a sans doute souhaité par ce geste agrandir symboliquement la distance politique qui le sépare de José Luis Rodríguez Zapatero. Le chef conservateur a solennellement déclaré n’avoir reçu "aucune assurance" par M. Zapatero que son gouvernement se conformerait aux conditions posées par la droite pour retrouver un "consensus" en matière antiterroriste. Mariano Rajoy était arrivé à la Moncloa avec trois exigences: que Batasuna "ne puisse se présenter aux élections" municipales et forales de mai "tant que l’ETA n’aura pas annoncé son renoncement définitif aux armes", que cette formation ne puisse pas participer à la table multipartite de négociation sur le futur politique du Pays Basque, et, enfin, que "la loi s’applique avec fermeté" contre la gauche abertzale.
Pas de "prix politique"
Faute de "certitude" sur ces trois points affichée par le gouvernement, Mariano Rajoy a souligné le refus de son parti à soutenir la politique du gouvernement. "Mon plus grand désir est que l'ETA disparaisse, mais sans payer aucun prix politique", s’est-il justifié. Il a par ailleurs assuré n’avoir "pas reçu confirmation de la tenue d’une quelconque réunion" entre l’organisation armée basque et des représentants du gouvernement, la semaine dernière.La presse espagnole a révélé cette semaine la tenue d’une première réunion entre l’ETA et des émissaires du gouvernement. Selon l’édition d’hier du quotidien El País proche du gouvernement, cette réunion se serait prolongée pendant deux jours dans une ville d’un pays européen. Le chef du gouvernement espagnol n’a pas quant à lui fait de déclaration. C’est la vice-présidente de l’exécutif, Maria Teresa Fernandez de la Vega, qui a pris la parole devant les journalistes. "M. Rajoy a toutes les assurances de la part du gouvernement sur le respect de la loi.Cet exécutif respecte la légalité dans ce processus de paix", a-t-elle insisté tout en ajoutant que les conditions imposées par le chef du PP ne sont "pas nécessaires". La vice-présidente a ajouté que le fait que Batasuna puisse ou non se présenter aux élections allait dépendre de la loi qui impose "certaines exigences".
Batasuna demande au PSOE de prouver sa volonté
Constatant que ces derniers jours aucun changement significatif n’a pu être perçu dans l’attitude du Gouvernement espagnol, Arnaldo Otegi et Rufino Etxeberria ont demandé au PSOE des "faits démontrant sa volonté pour un processus de paix"."Le gouvernement doit prendre une décision en termes politiques sur le processus qu’il compte mettre en place, s’il le souhaite vraiment. Il est temps que le gouvernement prouve sa volonté de mise en place d’un processus ; non par des déclarations, mais par des faits" a souligné Batasuna dans une conférence de presse, ne descellant dans l’attitude de Madrid aucun changement depuis la déclaration de cessez-le-feu de l’ETA depuis neuf mois. Arnaldo Otegi a également invité les partis politiques, syndicats et mouvements sociaux à se rapprocher afin de fixer ensemble "la direction, les rythmes et les objectifs du processus de paix". Les représentants de Batasuna ont réaffirmé leur volonté de porter le processus de paix "jusqu’au bout" est a souhaité que les autres forces politiques en fassent autant. Par ailleurs, Batasuna a estimé qu’il n’y avait eu aucun fait significatif permettant de dire que la situation de blocage ait été surmontée. En ce sens, Arnaldo Otegi a déploré l’utilisation de filtrages de la presse, "qui ressemble plus à une série télévisée", un travail professionnel et consciencieux. Il a fait appel à la responsabilité des médias pour qu’ils participent à la recherche de la paix sans faire du sensationnalisme et de surenchère. Batasuna a souhaité que le gouvernement prenne des mesures afin de garantir à la gauche abertzale sa participation au processus et a souhaité une prise de décision dans le domaine de la "justice" et des "prisons".
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