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Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2007-02-23
Chantal BOONE / Présidente d’Attac Pays Basque
La vie mouvementée d’Attac Pays Basqueou ce que les médias ne disent pas sur Attac

L ’année 2005 : une année de campagne. L’année 2005 avait été riche en mobilisations contre le Traité constitutionnel européen. Nous avions voulu une campagne intelligente fondée sur la réflexion et la critique d’un texte, et une campagne de proximité qui redonne la parole à ceux que nous allions rencontrer dans cette campagne. Double objectif: réfléchir et donner à débattre. Ces deux objectifs ont été atteints, le Non est passé ­pas seulement de notre fait- mais nous y avions largement contribué. Mais un petit événement m’avait donné à réfléchir : à la fin d’un des derniers débats que j’avais mené contre deux responsables PS, un conseiller municipal et prof à la fac UMP, qui tous avaient oublié de lire le texte, un des spectateurs nous a dit en guise de conclusion : "Il n’y a que vous Madame qui avez travaillé sur le texte [merci c’était moi], mais vous ne nous avez pas fait rêver". Remarque qui me rendit mi-figue mi-raisin, d’abord parce que je n’étais pas sûre que cette personne allait voter non, mais aussi parce que les rêves, l’imagination en avance dans le temps, cela n’avait jamais vraiment été la tasse de thé d’Attac et que cette absence ne donnait guère d’avenir à la jeunesse qui participait au débat. C’est à ce moment-là que j’ai pris conscience que si nous devions trouver un nouveau souffle, ce serait bien à partir de nos capacités à imaginer un monde nouveau, à rêver des alternatives, à penser un futur qui ne soit pas seulement en résistance avec ce que les politiques néolibérales nous préparaient, mais en mouvement vers une autre société possible.

L’année 2006, une année difficile

Nous avions été nombreux à faire la même analyse et l’année 2006 s’est ouverte avec un projet de réalisation du Manifeste d’Attac, un ouvrage qui devait dessiner les contours de cet "autre monde" que nous croyons tous possible. Résister n’est pas simple, mais concrétiser des idéaux l’est encore moins et les divergences d’opinion ont eu raison du fragile équilibre entre les différentes structures de notre association au niveau national. Lorsqu’il y a eu fraude aux élections nationales en juin, Attac Pays Basque a été un des premiers comités locaux à manifester sa colère; d’aucuns ont pensé que nous récusions une tendance et que nous en préférions une autre. Erreur : ce que nous n’avons pas supporté, c’est que pour sortir d’une situation de crise, la seule alternative soit le mensonge et la trahison, mais aujourd’hui encore à Attac Pays Basque, nous n’avons accusé personne. Et qu’on ne nous dise pas que notre honneur a été tâché, car la fraude a été dénoncée alors même qu’on annonçait les résultats. Moi, je n’ai pas honte de ce que d’autres ont fait, j’ai honte seulement du climat détestable qui a permis à quelques-unes de se croire au-dessus des lois.

2007 est une nouvelle année. Depuis décembre 2006, la direction actuelle d’Attac national, fortement représentative d’une des deux tendances qui s’affrontaient, a été élue à la régulière, c’est-à-dire normalement. Nous connaissons bien un des co-présidents, Jean-Marie Harribey, professeur d’économie à Bordeaux, qui vient souvent animer des conférences à Bayonne, et qui est reconnu en dehors même de l’association. Les comités locaux ont, malgré toutes les difficultés de l’année 2006, continué à fonctionner de façon autonome comme cela est prévu dans les statuts de l’association. A Attac Pays Basque, il y a eu peu de conflits ; les réflexions peuvent prendre du temps mais nous respectons le principe du consensus persuadés que c’est le seul moyen de faire avec le plus grand nombre.

Dans le cadre des collectifs Copernic nous avions continué d’informer sur la directive Bolkestein. La réactualisation de cette directive, à peine modifiée par la Commission européenne qui n’a pas repris tous les amendements proposés par le Parlement européen, pourtant dominé par le parti populaire à droite, si elle démontre encore une fois l’absence de démocratie dans l’Union européenne, repose le problème des modes de contestation au niveau européen et l’absence de cohérence des syndicats dans le mouvement social en particulier européen. On peut s’interroger aussi sur les capacités des participants à ce mouvement social à anticiper les directives européennes en préparation lorsqu’on voit le peu d’intérêt soulevé par la conférence que nous avons organisée avec Iñaki Almendoz, responsable du Barreau de Guipuzcoa pour le droit des étrangers et Caroline Intrand, responsable de la Cimade pour le volet Europe, qui a parfaitement analysé les mesures prises pour protéger la forteresse européenne des flux migratoires du Sud au mépris des règles internationales et des droits humains. Le dernier Attac café (ils ont lieu tous les deuxièmes mardis du mois à l’Atalante) où nous avions invité des intervenants de l’association BLE à venir nous expliquer les problèmes soulevés par la décision inqualifiable de la mairie de Mendionde de vendre les terres du domaine de Garroa à la transnationale Andros, nous a aussi inquiétés sur le silence qui entoure les nouvelles directives concernant l’agriculture biologique en Europe. L’Europe est pour nous un thème central des campagnes, présidentielles et législatives, et nous sommes surpris et même horrifiés devant l’apparente absence de cet enjeu dans le débat des candidats. On ne peut laisser ce thème aux extrémistes de droite et il faut reposer les questions jusqu’à obtenir des réponses : Quelle Europe voulons-nous ? Nous organiserons donc début avril un débat avec des représentants des partis politiques pour connaître leurs réponses, à cette question cruciale, pour nous.

A cette occasion, nous présenterons aussi notre Manifeste, un projet bien ambitieux qui cherche à regrouper après débats avec des militants, des adhérents et des sympathisants, des alternatives crédibles aux politiques néolibérales que nous connaissons. Et voilà comment nous aussi nous essayons de faire "rêver" un autre monde à construire, et non à attendre comme un paradis qui nous viendrait de l’extérieur.

A ces réunions de discussions tous peuvent venir, et, comme on n’a jamais eu de carte à Attac on ne risque pas de vous en demander une. Alors, lecteur si l’envie te prend... (consulter le site d’Attac Pays Basque).


 
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