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Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2007-02-28
Daniel olçomendy / LEIA
Un projet de couloir à camions : neuf ans et une opposition sans précédent

Cela fait maintenant neuf ans que le Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques et le Gouvernement de Navarre se sont mis d'accord pour réaliser une étude de faisabilité d'une liaison routière entre Pampelune et l'A64.

Parmi les variantes analysées en 1998, il y avait 2 corridors ferroviaires, étudiés pour la forme et rejetés d'emblée, 2 adaptations des routes existantes (notamment en 2X2 voies) et 3 autoroutes sur nouveau tracé (dont le corridor qui passe par Valcarlos à partir de Pampelune, qui contourne Garazi et rejoint Salies).

La liaison Pampelune-Salies était donc au départ un projet clairement autoroutier ; l'objectif étant de relier des réseaux autoroutiers internationaux nord-sud et d'ouvrir un autre couloir à camions à travers les Pyrénées.

Le Gouvernement Foral de Navarre ne cache pas sa volonté de créer un axe direct de grand gabarit vers le nord de l'Europe en s'affranchissant du Gouvernement d'Euskadi et de la voie autoroutière atlantique. Quant au Président du Conseil Général, sa "conviction" qu’un tel axe serait une aubaine pour la Basse-Navarre ne peut tenir lieu d’argument. De plus, une voie à grande capacité coupant le Pays Basque Nord en deux, et renvoyant vers Pau la Soule et une partie de la Navarre, préfigure le schéma de remodelage du territoire basque au sein du département tel que M. Lasserre l’a préconisé en 2002. Les promoteurs du projet de ce côté nord des Pyrénées continuent d'évoquer un axe d'intérêt régional et tentent d'en déguiser la nature en en changeant l'appellation au fil des années et de l'opposition grandissante : "autoroute" en 1998, "2X2 voies" de 2001 à 2006 et, depuis février 2006, une "2X1 voie avec créneaux de dépassement et contournement des bourgs".

L’opposition reste massive

Aujourd'hui, l'opposition au projet de M. Lasserre, même rebaptisé, reste massive et largement majoritaire. Une véritable démonstration de force a été réalisée à Saint-Palais, le 30 décembre, à l'appel de LEIA avec 5000 manifestants et un défilé de 150 tracteurs.

Un mois plus tard, le Collectif des Elus contre la transnavarraise confirmait l'opposition sans précédent de la Basse-Navarre :

19 Conseils Municipaux des 23 communes traversées, après délibération, demandent au Président du Conseil Général d'abandonner son projet de liaison Pyrénées-Atlantiques-Navarre en précisant qu' "un aménagement doit répondre aux besoins des populations locales et doit se faire avec leur accord". Ainsi 83% des communes traversées de Basse-Navarre s'opposent au projet. Il est à noter qu'aucune des quatre autres communes de Basse-Navarre ne s'est positionnée favorablement (Aicirits a évoqué un manque d'informations, Arbouet s'oppose à la création de tracés neufs dans sa partie, Saint-Palais et Béhasque n'ont pas pris de délibération sur le sujet).

S'ajoute aux opposants la Communauté des Communes de Garazi-Baigorri, qui refuse le projet tel que présenté par le Conseil Général et demande que priorité soit donnée à l'aménagement des trois voies actuelles avec la Navarre.

La Communauté des Communes d'Iholdy-Oztibarre a également annoncé qu'elle se positionnerait en février de la même manière que ses 4 communes touchées par le tracé (les 4 se sont opposées à la transnavarraise ).

Même au niveau des Pyrénées-Atlantiques, 19 communes sur 29 traversées constituent une opposition départementale à hauteur de 66% minimum.

La majorité de la Basse-Navarre argumente ainsi son rejet du projet :

- les propos du gouvernement navarrais et du Président du Conseil Général des Pyrénées-Atlantiques sont anormalement contradictoires quant aux caractéristiques techniques identiques de part et d'autre de la frontière évoquées par M.Lasserre. Les propos des responsables navarrais évoquaient encore en décembre 2006 "un axe de grande capacité entre la Navarre et la France pour la première fois de l'histoire, une route à trois voies sur ses 120 km", avec du côté navarrais une emprise suffisante pour réaliser au plus vite une 4 voies.

Le choix d'un axe à grand gabarit à 3 voies sur les 2/3 du linéaire en Basse-Navarre est surdimensionné pour une route dont l'objectif affiché est la seule amélioration des communications régionales. Il constituerait un appel très important pour le trafic international des camions, contradictoire avec les engagements des autorités de réduire les gaz à effet de serre et avec leurs promesses de développer les modes de transports ferroviaires et maritimes. Les impacts sur le foncier nuiraient gravement à de très nombreuses exploitations agricoles et seraient incompatibles avec les efforts de tous les acteurs locaux ¦uvrant pour une reconnaissance de la qualité de nos produits et un tourisme vert maîtrisé.

Pas d’argumentation économique

Le volet économique présenté dans le dossier du Conseil Général se résume à quatre phrases et une carte qui évoquent le PIB de la Navarre, l'agglomération de Pampelune et les zones d'emploi de Pau et de la CABAB. L'inexistence de l'argumentation économique était déjà reprochée, lors du projet de 2X2 voies, aux mêmes promoteurs qui affectionnent les postulats et la fausse croyance que les grandes infrastructures véhiculent de la richesse sur leur passage. Au contraire, des voies de cette ampleur renforcent les pôles urbains les plus importants et assèchent les régions traversées économiquement faibles. Proche de chez nous, la Vallée d'Aspe qui a entendu des promesses de développement nous le rappelle tous les jours.

Le développement de la Basse-Navarre et de la Soule passe en termes d'infrastructures par une amélioration des liaisons infra et inter-cantonales, des conditions de bonne réciprocité entre le littoral et l'intérieur, par l'axe Tardets-Mauléon-Saint-Palais-Bayonne. D'ailleurs l’ensemble des réflexions locales (PCD Baxe-Nafarroa, Conseil de Développement du Pays Basque) sur le développement souhaité pour la Basse-Navarre et la Soule amène à l’amélioration de cet axe Est-Ouest et ne fait aucunement mention de la nécessité de construire une route de grand gabarit Nord-Sud. Dans le même temps, il est important de développer les relations avec la Navarre par l'ensemble des liaisons existantes (cols d'Urquiaga, d'Ispeguy et Roncevaux pour la Basse-navarre et Port de Larrau pour la Soule) et non par une seule voie à grande capacité.

Face à un rejet si massif et déterminé de son projet, M. Lasserre reste muet. Ce sont ses amis politiques, maires et conseillers généraux UDF et UMP qui montent au créneau. Nous pouvions lire dans la presse, les propos du maire de Salies : "Il n'y a pas de territoires qui se développent sans infrastructures" et "c'est normal, les entreprises recherch(ent) les n¦uds routiers". Si le développement économique se résumait à cette devise des années 70, cela se saurait et Salies ferait rêver tous les Bas-Navarrais ! Il n'est pas question de nous transformer en "réserve d'Indiens", selon les termes de M.Loustaudaudine, mais de consolider de véritables liaisons historiques avec nos voisins navarrais en améliorant les quatre principales routes.

En ce qui concerne les propos de quelques conseillers généraux lourds de sous-entendus tordus "Je respecte ceux qui manifestent mais je ne suis pas sûr qu'il n'y ait que des locaux" ou "l'opposition a peut-être aussi une origine qui est extérieure au débat", ils confirment l'entêtement inquiétant des promoteurs du projet et leur mépris total de la démocratie.

Habitants et élus municipaux se sont clairement et majoritairement exprimés contre le projet de M.Lasserre. Ils attendent en conséquence une réponse démocratique, c'est-à-dire par définition fidèle au peuple qui exerce la souveraineté : l'abandon du projet d'une voie transnavarraise à grande capacité.


 
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