"La France ratifiera la Charte des langues régionales" annonce d’emblée Ségolène Royal, lors de sa prise de parole à Anglet, devant plusieurs centaines de personnes venues assister, hier après-midi, à cette "réunion populaire". Acclamations. C’est en revanche dans un recoin de la mairie d’Anglet, désertée par le maire UDF Robert Villenave, qu’elle s’est prononcée contre la création d’un département Pays Basque, face aux insistances de la presse basque. Pour cette visite éclair au Pays Basque, et sur les terres du conseiller général socialiste Jean Espilondo, Ségolène Royal a prôné son "envie d’un État fort" dans des domaines comme le logement ou l’économie, notamment pour "garantir l’avenir industriel du pays". Comme lors de son meeting de jeudi soir, à Mont-de-Marsan, elle a évoqué le cas du plan de restructuration d’Airbus contre lequel elle a réaffirmé "que l’État a un rôle majeur à jouer" (lire aussi ci-contre).C’est aussi au nom d’un Etat fort capable de relancer l’économie qu’elle a expliqué son refus d’une "partition" du département actuel, revendication portée par une majorité d’élus du Pays Basque.
Équilibre atteint
"Je n’y suis pas favorable dans la mesure où le point d’équilibre aujourd’hui est atteint avec l’existence du Œpays’ Pays Basque et je crois que ce qui est important c’est le développement économique pour ce Œpays’ Pays Basque avant tout, mais certainement pas la partition d’un département basque" a-t-elle expliqué. Si la candidate socialiste à la présidentielle dit "comprendre ces attachements très profonds et parfois la crainte qu’ont les gens de perdre cette identité à l’heure de la mondialisation", elle estime aussi que "la solution ne vient certainement pas de partitions, de divisions qui créeraient des polémiques" mais "au contraire qu’il faut rassembler nos forces pour assurer un bon développement économique du Œpays’ Pays Basque et c’est ce point d’équilibre qui permettra des actions."En contrepoint, elle a jugé que son engagement pour la ratification des langues régionales, "signifie aussi la défense des identités culturelles, des traditions, des savoir-faire auxquels les habitants sont très attachés". Un appel au rassemblement des forces et à la défense des identités culturelles qu’elle évoque en termes de construction économique.
Car s’est en s’appuyant sur ces identités régionales qu’elle souhaite "relever la France" a-t-elle expliqué à ses sympathisants basques et aux nombreux journalistes présents hier à Anglet. "Les identités régionales constituent une formidable valeur d’avenir et je crois que c’est en faisant le lien entre ces valeurs fondamentales qui font l’identité de toujours entre la France et la nation française dans sa diversité, dans son authenticité, dans ses traditions authentiques (...) que l’État fonctionne bien" a-t-elle clamé. Selon elle, c’est en étant "bien assurés sur nos bases et sur nos valeurs" que "nous devons avoir à nous tourner avec confiance vers l’avenir, à prendre des risques pour conquérir des emplois, des filières de développement économique nouvelles". Un programme qu’elle a résumé par un slogan final : "vive Anglet, vive la République, vive la France!"
Certes, Ségolène Royal s’est prononcée il y a peu pour la souveraineté du Québec mais à Anglet, elle affirmait hier aux journalistes qui l’interrogeaient que "ce n’est pas pareil" au Pays Basque. Sous haute surveillance de son État-major et du président du Conseil général des Landes, Henri Emmanueli, pendant ses déclarations aux journalistes du Pays Basque, Ségolène Royal a refusé de commenter le processus de paix au Pays Basque, contrairement à d’autres candidats comme Dominique Voynet ou Nicolas Sarkozy."J’ai déjà répondu à cette question, ma préoccupation première est le développement de l’économie" a conclu Ségolène Royal, avant que les journalistes ne soient opportunément dispersés pour des raisons de planning.
Le Conseiller général d’Anglet Jean Espilondo avait déjà prévenu la presse que "chacun doit rester à sa place" et qu’il n’était pas question d’évoquer ici "la partition du Haut-Tursan". Dans ces conditions, les militants de la plateforme Batera ont dû se contenter de remettre un dossier au président de la Région Alain Rousset.Dans les nombreuses cohues et bousculades qui accompagnaient chaque déplacement de la candidate, Michel Berhocoirigoin, gentiment escorté par une proche de Ségolène Royal, a cependant pu remettre à cette dernière un dossier sur la Chambre d’Agriculture alternative du Pays Basque.Mais Ségolène lui a préféré le parfumeur basque Christian Louis et ses fragrances.
Mais Ségolène Royal s’est aussi imprégnée du parfum local et de la pression foncière qui touche notamment Anglet en prévoyant que "demain, l’État se substituera aux communes et construira 20% de logements sociaux".Elle a évoqué la ville dirigée par le maire UDF Robert Villenave qui ne respecte pas la loi SRU et "compte moins de 10% de logements sociaux".
Certes on n’est pas dans le Haut-Tursan et en guise de compensation le Conseiller général émmanuelliste expliquait à une journaliste parisienne étonnée de la venue de Ségolène Royal dans la cité d’un maire UDF : "ici, il n’y a qu’une ville socialiste, c’est Hendaye mais c’est loin".Le cortège s’est ensuite ébranlé bien loin, vers Saint-Jean-de-Luz ou l’attendait les professionnels de la pêche et une cinquantaine de manifestants de Batasuna.
Royal veut renforcer les contrôles sur les
quotas de pêche
Ségolène Royal a préconisé à la Criée de Saint-Jean-de-Luz de "renforcer les contrôles d’entrée sur le marché européen" du poisson, afin de lutter contre la fraude aux quotas de pêche. La présidente de la région Poitou-Charentes tenait une réunion de travail avec les représentants des pêcheurs, marins et femmes de marins qui souhaitaient l’interroger, sur sa "vision de l’avenir de la pêche", soumise par l’Union européenne à de nombreuses restrictions au nom de la préservation des espèces. Le représentant de l’organisation des producteurs du Cap sud (85 bateaux de pêche), David Milly, a demandé à Ségolène Royal si elle avait "connaissance de l’ampleur de la fraude" au respect des quotas, car "on voit des voisins dépasser leurs quotas allégrement". "Il faut renforcer les contrôles d’entrée sur le marché européen. Il y a eu un démantèlement des services de contrôle (...). Il va falloir rétablir les moyens des Affaires Maritimes", a répondu la candidate, accompagnée notamment du président de la région Aquitaine Alain Rousset. Au nom des marins CGT, Serge Larzabal a proposé "un contrôle européen pour assurer l’équité" entre les pêcheurs des pays de l’UE. "L’espèce en danger, c’est le pêcheur, et pas le poisson", a-t-il dit. Selon M. Milly, la profession est "en train de s’éteindre". Les professionnels ont demandé à la candidate socialiste, si elle est élue présidente de la République, de "mettre plus d’ordre et de justice dans la répartition des droits" de pêche, une formule proche de "l’ordre juste" chère à la députée des Deux-Sèvres. Ségolène Royal a mentionné la nécessité à la fois de "maîtriser la ressource" halieutique - "sinon, ça se retournera contre les pêcheurs" - et de "protéger la pêche artisanale". En matière de retraites, la candidate a rappelé vouloir prendre en compte la pénibilité du travail.