Des oiseaux mazoutés sur les côtes
·Victimes des dégazages sauvages de la dernière tempête, plus de mille seraient morts
Ils échouent sur les plages, épuisés. Depuis près d’une semaine, depuis la dernière tempête, plus de 150 cadavres d’oiseaux mazoutés ont été retrouvés sur les plages de la Côte basque et du sud des Landes, d’Hendaye à Capbreton et même jusqu’au bassin d’Arcachon tout récemment. L’association Hegalaldia, centre de sauvetage de la faune sauvage, a recueilli à Ustaritz une vingtaine d’oiseaux encore vivants. Ce sont surtout des Guillemots de Troll et des Pingouins Torda, des oiseaux marins de petite taille de la famille des Alcidés mais il y a aussi en moindre quantité des Fous de Bassan, plus gros.
"Hier, ça s’est calmé, on nous signalait moins d’oiseaux mazoutés mais malheureusement, c’est reparti aujourd’hui", explique Stéphan Maury, soigneur à Hegalaldia. L’association reçoit une vingtaine d’appels par jour. Outre les deux soigneurs, salariés permanents, une dizaine de personnes sont mobilisées tous les jours pour aller chercher les oiseaux mazoutés et pour participer à leur nettoyage.
"C’est la première fois depuis 2000 (hormis l’épisode de la marée noire du Prestige) que nous recueillons autant d’oiseaux mazoutés", déplore Stéphan Maury, même si chaque hiver, de pauvres boules de plumes noires arrivent sur les plages du Golfe de Gascogne et de Bretagne. Et c’est toujours après une tempête que des oiseaux mazoutés s’échouent sur les côtes. "Pendant les tempêtes, les navires et avions des douanes et de l’armée ne sortent pas. Les navires savent donc qu’ils ne sont pas surveillés et qu’ils peuvent dégazer tranquillement", précise le soigneur d’Hegalaldia. Les oiseaux recueillis cette année ont été souillés par deux types de pétrole: des galettes de pétrole brut et une huile très difficile à enlever. Ce qui laisse à penser qu’au moins deux navires ont dégazé pendant la dernière tempête.
L’opération de nettoyage
Et c’est tout une histoire pour nettoyer les oiseaux. Le protocole est long et strict. Il faut d’abord laver l’oiseau avec une base lavante aux plantes. Il est ensuite séché pendant 24 heures puis lâché en piscine pendant 2-3 jours. Hegalaldia dispose de plusieurs bassins dans lesquels les oiseaux reconstituent leur plumage en le lissant régulièrement. Mais les oiseaux les plus faibles n’arrivent pas à passer ce cap. Parmi les oiseaux recueillis au centre, la moitié ne survivent pas.
Le pétrole a dangereusement fait baisser la température de leur corps car il a laissé passer l’eau entre les plumes et la chair. "Ensuite, ils perdent entre 10 et 30 grammes à cause du stress que génère pour eux le lavage, qui dure environ 35 minutes", explique Stéphan Maury. Les oiseaux qui ont également avalé du pétrole, sont sondés pour nettoyer l’appareil digestif.
Hegalaldia recommande donc aux personnes qui trouvent des oiseaux mazoutés de ne pas les laver elles-mêmes. Même si ça part d’une bonne intention, des produits corrosifs sont souvent utilisés et ils font parfois plus de dégâts que le pétrole, en brûlant les plumes. "Pour que les oiseaux aient une chance de survivre, il faut nous les emmener le plus vite possible, en le mettant dans une serviette puis dans un carton, avec à côté une bouteille d’eau tiède pour réchauffer un peu l’oiseau", précise le soigneur d’Hegalaldia.
Des études réalisées par des associations bretonnes de protection de la nature après les marées noires ont démontré que seulement 1 % des oiseaux mazoutés atteignent les côtes. Un chiffre qui fait froid dans le dos et qui laisse entrevoir l’étendue du désastre. Après ce dernier dégazage près des côtes basques, selon Hegalaldia, ce sont peut-être un millier d’oiseaux qui sont morts.
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