Gahité FOFANA / Guinée
Matin bonne heure
Surprise ! D’un fait divers qui fait 2 minutes au J.T. : deux adolescents retrouvés morts dans le train d’atterrissage d’un avion pour la France. "Mais quelle horreur ! Tiens ! passe-moi le sel !" le réalisateur vous livre un objet fragile, délicat voire léger. Comme son titre d’ailleurs, dont on se demande s’il n’a pas souffert d’une faute d’impression, ou si le jeu de mot est bien de mise. Matin Bonheur? On ne comprend pas tout ce que raconte leur copine, seul témoin de l’aventure des deux copains.
La petite vendeuse d’arachides rivée à son étal, raconte ce qu’elle en a su, vécu et vu depuis la cour de la maison où elle est, en quelque sorte, assignée à résidence. Sa voix timide se perd parfois, ou bien elle prend le relais en soso, et les sous-titres anglais ne dévoilent pas tout non plus. Comme si elle ne se résolvait pas encore à donner une réalité à cette disparition. De petits mots chuchotés comme un secret parce que l’horreur serait trop grande convoquée à haute voix.
Et, sur fond de chora, les images de Conakry, caressées de la plus belle lumière, ses rues, ses plages, ses marchés, ses bidonvilles, comme on feuilletterait un beau livre d’images. La pauvreté certes, mais lointaine, feutrée.
Tout ici est question de distance. De son ghetto, elle a suivi ses deux amis, leurs allées et venues. Leur rêve d’ailleurs, leur vacance, leur ennui, leurs brouilles, leurs doutes, elle les a décryptés dans leur démarche, leur façon d’être avec elle ou de l’ignorer.
Autour d’eux la famille, les autres. Chacun survit à sa manière. La faim commande, sauve qui peut ! Les enfants d’ici font leur devoir sous les projecteurs de l’aéroport seul endroit éclairé.
Et un jour, ces enfants s’envolent eux aussi, passagers clandestins, une lettre à la main.
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