L’alliance progressiste qui a vu le jour en Catalogne après la victoire du parti socialiste catalan et les excellents résultats des indépendantistes d’ERC et des écolocommunistes d’ICV, pourrait faire des émules dans les institutions municipales et forales du Pays Basque sud. Alors que le parti nationaliste basque cherche à reconduire l’alliance tripartite PNV-EA-EB qui gouverne actuellement l’exécutif de la Communauté Autonome d’Euskadi tout en ajoutant la formation Aralar qui a concouru en coalition avec EB, Eusko Alkartasuna est en train de se laisser courtiser par les socialistes. Les résultats des élections locales de dimanche ont placé le PNV dans une situation délicate dans grand nombre de communes et surtout dans les diputaciones. C’est le cas de l’institution forale du Gipuzkoa où le PSE a obtenu la majorité des voix. Avec ses 16 élus, le parti socialiste tentera de composer un gouvernement stable. Et si l’on tient compte du message arboré par le candidat Miguel Buen pendant toute la campagne, celui d’un "besoin de changement", le PSE ne fera pas alliance avec le PNV qui est à la tête de cette province depuis des décennies.
"La priorité est de mettre en place un gouvernement de progrès à la diputacion du Gipuzkoa", a déclaré Miguel Buen le lendemain du scrutin. Un gouvernement qui passe par une alliance avec Eusko Alkartasuna (7 élus) et EB-Aralar (6 élus). Le PNV (16 élus) et le PP (6 élus) seraient dans ce cas-là dans l’opposition.
"Processus de paix"
Iñaki Galdos, président d’EA au Gipuzkoa, n’a pas caché l’existence de "contacts" avec le PSE en vue d’arriver à un accord pour gouverner ensemble la diputacion. Il estime que la formule du tripartite est "insuffisante" pour avancer dans "un processus de normalistation" politique, raison pour laquelle Eusko Alkartasuna parie sur d’autres alliances.Iñaki Galdos a précisé qu’un éventuel accord avec le PSE dans la diputacion n’est pas forcément extensible à d’autres institutions. "Il faudra étudier la situation au cas par cas", a-t-il souligné tout en affirmant qu’EA espère rencontrer tous les partis. Concernant la gouvernance de la diputacion, le président d’EA pense "difficile" la présence d’EB-Aralar dans une éventuelle alliance PSE-EA. "Ils se sont auto-exclus", a-t-il affirmé en référence à l’opposition manifestée par la coalition communiste-abertzale aux "questions clés pour le Gipuzkoa" telles que le centre d’incinération, la construction du super-port de Pasaia ou le projet de ligne ferroviaire à grande vitesse dit ŒY Basque’.
Enfin, Iñaki Galdos a insisté sur l’importance des questions telles que "la paix et la normalisation politique", mais aussi des questions à caractère structurel telles que la cohésion sociale, les infrastructures ou l’innovation.
Par ailleurs, le porte-parole de Batasuna Arnaldo Otegi a lancé un appel aux partis politiques pourqu’ils s’engagent dans le processus de paix. Le leader de la gauche abertzale estime que les électeurs ont réclamé par leur choix "la mise en place d’un processus de résolution" du conflit basque. Dans un entretien sur la chaîne publique basque de télévision ETB, Arnaldo Otegi a souligné que la société basque "ne veut pas d’un affrontement armé ou politique, mais que nous nous asseyons autour d’une table et que nous réglons cette question de façon raisonnable".
Arnaldo Otegi a également appelé le chef du gouvernement espagnol à "montrer du courage politique comme l’a fait Tony Blair" en Irlande du nord.
Les partis ne vont pas empêcher ANV de
gouverner
Alors que les rencontres et les négociations pour mettre au point les alliances permettant aux uns et aux autres de gouverner telle ou telle mairie se poursuivent, il semblerait que tous les partis à l’exception du PP seraient d’accord pour ne pas empêcher ANV de mener les communes où la candidature de la gauche abertzale est la plus votée.
Les partis auraient décidé de ne pas sceller d’accord empêchant l’investiture des candidats d’ANV. Cette décision représente une nouveauté dans le panorama politique basque, puisque la pratique politique de la période qui a précédé l’interdiction de la gauche abertzale était de lui barrer la route des mairies.
Le Parti Populaire, dont la branche locale en Navarre vient de perdre la majorité absolue, ne veut absolument pas que les arbertzale siègent au palais du gouvernement foral. Le chef du PP Mariano Rajoy a proposé au secrétaire général du PSOE José Luis Rodríguez Zapatero un accord "écrit et blindé pour quatre ans" entre l’UPN et le PSN pour que ce dernier ne gouverne pas en alliance avec Nafarroa Bai. "Sceller un accord politique avec des indépendantistes n’a pas de sens", a martelé Mariano Rajoy.
La coalition abertzale, deuxième force en Navarre, a offert la présidence de l’exécutif foral au candidat socialiste Fernando Puras.
Mais l’actuel président navarrais et leader de l’UPN, Miguel Sanz, qui en campagne s’était dit prêt à laisser sa place à condition que le PSN ne signe pas d’accord avec les abertzale, a réalisé une "offre généreuse" : un gouvernement à deux où l’UPN garderait la présidence et le PSN aurait la vice-présidence, ou un gouvernement en minorité en échange de quoi le PSN aurait la présidence du Parlement.
Le conclave socialiste va se réunir demain pour "analyser toutes les alternatives", sachant que dans le cas où le PSN s’allierait à l’UPN il court le risque d’être phagocyté comme l’a été le centriste CDN.