Sarkozy malmène Rajoy sur le processus de paix
·Alors que le chef du PP fait de cette question son cheval de bataille contre l’exécutif socialiste, le président français appelle à l’union
"Je veux lui dire ma confiance, mon amitié, mon soutien et l’envie de la France de travailler avec lui". Nicolas Sarkozy s’est ainsi exprimé jeudi lors de sa première rencontre officielle en tant que président de la République avec le chef du gouvernement espagnol au palais de la Moncloa [lire notre édition d’hier]. Alors que le Parti Populaire de Mariano Rajoy a fait du dossier basque et plus concrètement du processus de paix son principal cheval de bataille contre l’exécutif socialiste, le président français a réaffirmé fortement le "soutien" de Paris au gouvernement espagnol.
"Le gouvernement espagnol sait pouvoir compter sur notre soutien", a affirmé Nicolas Sarkozy lors d’une conférence de presse conjointe, à l’issue de son entretien avec José Luis Rodriguez Zapatero. Même s’il a assuré ne pas vouloir intervenir dans le débat politique espagnol sur ce sujet, le président français a déclaré que "face au terrorisme, il n’y a qu’une seule politique dans les démocraties: l’unité, jour et nuit. Je peux vous dire une chose, c’est que nous sommes unis".
Ces propos vont à l’encontre de la politique pratiquée par le PPdepuis l’annonce du cessez-le-feu de l’ETA et le début du processus de paix, car la stratégie de la droite espagnole s’est basée non sur l’union avec le gouvernement mais sur la division et même sur l’attaque personnelle du chef de l’exécutif socialiste.
Dans le cadre de cette stratégie et avec le soutien de l’AVT, une association de victimes proche du PP, Mariano Rajoyavait mobilisé dans les rues des milliers d’Espagnols pour protester contre le processus de dialogue avec l’organisation armée basque.
Le sauf-conduit de l’ETA
La coopération de Nicolas Sarkozy avec le gouvernement socialiste espagnol dans le processus de paix avait provoqué un malaise au sein de la droite espagnole, car elle a vu sa stratégie d’opposition désavouée par le leader de la droite française. Cette coopération avait été mise en évidence lorsqu’en avril dernier la presse française avait dévoilé que des négociateurs de l’ETA disposaient d’un contact officiel en France [lire notre édition du 18 avril]. Selon L’Express, une enquête sur deux militants arrêtés en mars en Dordogne a montré que Paris avait aidé en coulisses le gouvernement espagnol à négocier avec l’organisation armée basque en Suisse.
Juan Carlos Iurrebaso Atutxa, 51 ans, dirigeant présumé de l’ETA chargé des discussions de paix avec Madrid, et son chauffeur, Kepa Miran Suarez Huarte, arrêtés dans la nuit du 28 au 29 mars à Périgueux, avaient demandé aux agents d’appeler quatre numéros en urgence, dont un numéro officiel d’un "haut responsable de la police française", une personne "proche" de l’ancien ministre de l’Intérieur Nicolas Sarkozy, et un autre numéro se rapportant à un téléphone, à carte prépayée, acheté dans un grand magasin d’électroménager situé près de la Madeleine, à Paris, à deux pas de la place Beauveau.
Un porte-parole du ministère avait confirmé cette information à L’Express. "À l’été 2006, alors que des discussions étaient en cours, un haut responsable du ministère de l’Intérieur espagnol nous a demandé de fournir un numéro d’urgence. Il s’agissait de faciliter le passage des émissaires d’ETA en France".
"La politique antiterroriste [espagnole] a toujours pu compter sur la collaboration du gouvernement français, à tout moment et quelle que soit l’initiative du gouvernement espagnol face au terrorisme", a remercié jeudi le chef du gouvernement espagnol. "Mes paroles pour le gouvernement français ne sont que des remerciements, en ce qui concerne le terrorisme", a-t-il ajouté.
La question basque n’est qu’un problème espagnol
Lors de son intervention de jeudi au palais de la Moncloa, Nicolas Sarkozy a rappelé la position traditionnelle de la France sur la question basque, à savoir qu’il s’agit exclusivement d’un "problème espagnol". "Nous avons toujours veillé en France à ce que ce ne soit pas un problème français, nous avons toujours considéré que c’était aux Espagnols de nous indiquer quelle était leur politique".
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