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Le JPB > Culture 2007-06-30
Buenos Aires 1977, chronique sidérante de la dictature militaire argentine
·Le film de Israel Adrian Caetano, primé au festival international du film de Donostia, est à l’affiche de l’Atalante à Bayonne

Signé par le talentueux Israel Adrian Caetano, Buenos Aires 1977, Cronica de una fuga montre, dans un sidérant huis-clos d’une grande tension psychologique, la torture pratiquée sous la dictature militaire argentine, dans des centres de détention clandestins. Primé l’an dernier au festival Zinemaldia de Donostia, ainsi qu’à Cannes et à Rotterdam, à l’affiche de l’Atalante depuis mercredi, Buenos Aires 1977 est tiré de faits réels, raconte l’évasion de quatre jeunes Argentins, séquestrés et torturés pendant les premiers mois d’une épuration systématique, mise en place par la dictature (1976-1983), qui a fait 30000 disparus.

Israel Adrian Caetano s’est inspiré du livre publié par l’un de ces quatre survivants, Claudio Tamburrini, Pase libre, la fuga de la Mansion Seré. Ces hommes, réfugiés en France, en Espagne ou en Suède, ont témoigné en 1985 lors des procès menés contre quelques hauts responsables de la junte militaire. Arrêtés sur dénonciation, hors de tout cadre légal, après le coup d’Etat du général Videla, Claudio, Vasco, Gallego et Guillermo se retrouvent à la Mansion Seré, une grande villa isolée transformée en prison. Ligotés, les yeux bandés, ils sont enfermés dans des pièces obscures pendant des jours, puis des semaines rythmées par les humiliations et les sévices quotidiens infligés par leurs tortionnaires. Ces derniers exigent des renseignements sur des "activistes de gauche" qui "préparent des attentats", instillant chez leurs victimes un dilemme moral : se taire et mourir, ou dénoncer des innocents pour gagner du temps ?

Dernières forces

Claudio (Rodrigo De la Serna, excellent) et ses compagnons, qui perdent toute notion du temps et sentent leur identité partir en lambeaux au fil des jours, vont rassembler leurs dernières forces pour tenter une évasion. Dès les premiers plans, Israel Adrian Caetano confère à son huis-clos un suffocant réalisme et instaure une grande tension psychologique, grâce à des choix de mise en scène à la fois sobres et efficaces. Une caméra volontiers subjective, aux cadres légèrement penchés ou mouvants, souvent placée au ras du sol ou à hauteur des hommes humiliés, permet au récit de coller au point de vue des prisonniers, tandis que la bande-son intègre ici un battement du c¦ur accéléré, là des gémissements qui accentuent la tension. Maintenu dans la même ignorance que les protagonistes sur les intentions de leurs ravisseurs, le spectateur partage leur enfer quotidien.

La froideur et le détachement des tortionnaires, qui alternent insultes et fausses promesses, plaisanteries et coups, et ramènent sans le moindre état d’âme des prisonniers broyés sur leur matelas, sont glaçantes. Israel Adrian Caetano trouve le ton juste dans ce récit de l’horreur, faisant l’économie d’images qui pourraient être insoutenables, et délivrant un film-testament sur l’une des époques les plus sombres du passé de l’Argentine.

Né en 1969 à Montevideo en Uruguay Caetano s’est fait connaître avec Pizza, Birra, Faso (1997), son premier film, qui a fait de lui l’un des auteurs les plus en vue du jeune cinéma argentin. Primé dans de nombreux festivals internationaux, son second long-métrage Bolivia, sortira le 11 juillet en France.


 
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