Le théâtre de l’humain à l’ombre des totalitarismes
·L’Humani théâtre revient en Pays Basque pour l’Ombre de Schwartz
On connaît déjà, en terre basque, le grand cabaret
forain de l’Humani théâtre.Leurs réflexions sur le spectacle vivant et sa
réappropriation par le peuple ont déjà permis d’explorer les ressorts des
traditions théâtrales populaires, dans Les valeureux au festival de théâtre
d’Arnaga il y a trois ans, ou à celui d’Hendaye. Ce théâtre de l’humain, basé
dans l’Hérault, fricote également avec notre valeureux Petit théâtre de Pain et
a notamment collaboré à la création d’Embedded. Qui se ressemble s’assemble.
Cette fois encore, l’Humani théâtre ne vient pas pour rien au Pays Basque et
proposera trois spectacles pleins de gouaille à Saint-Jean-Pied-de-Port,
Mauléon, et Cambo. Par juste retour des choses, Fafiole Palassio, du Petit
théâtre de Pain, a assuré la mise en scène de la pièce en conservant ce qui fait
le cachet d’une troupe qui mêle musique, magie et arts de la rue dans ce théâtre
de l’utopie et de la rébellion.Une mise en scène joyeuse pour dire le tragique,
façon Underground de Kusturica ou La cité des enfants perdus de Jeunet.Une pièce
sombre racontée comme un conte par Evgueni Schwartz une certaine année 1940 dans
une URSS écrasée par Staline.Un choix salutaire pour un auteur qui savait, en
écrivant l’Ombre, que "dans un conte tout peut arriver".En mettant en scène
cette pièce inspirée d’un conte d’Andersen, l’Humani théâtre a choisi de retenir
un pays "où les contes sont la vérité".Et bien sûr, à l’ombre des
totalitarismes, la comédie devient satire du pouvoir dans un langage qui
effleure l’esprit Fellinien et explore l’âme humaine sur le mode épique et
jubilatoire.L’histoire d’un homme qui perd son ombre et ses illusions, d’une
ombre en quête de pouvoir et de revanche, d’un tyran et de ses funestes actions
pour un pays.Des chants, des musiques, des bruitages en direct et la Compagnie
Suak pour enflammer le tout. En ouverture des Fêtes de Garazi, l’Ombre sera
d’abord présentée dans les douves de la Citadelle, ce samedi.Puis, une nuit de
démontage et une journée de remontage plus tard, ce sera au tour des Souletins
de se laisser aller dans l’imaginaire de cette compagnie, lundi prochain. Il
faudra encore davantage de temps à l’Humani théâtre pour s’accommoder du
festival Comédie côté jardin, dans la maison d’Edmond Rostand à Arnaga, et
prendre la mesure du lieu et d’une jauge de 700 personnes qui tranche avec les
habitudes d’un théâtre de rue. Ce sera l’ouverture du festival de théâtre de
Cambo, le jeudi 16 août, pour donner le ton d’un théâtre qui s’adresse à tous
sans se prendre au sérieux, parle du monde dans un réalisme évoqué, et vise les
coeurs.
Schwartz tient les contes dans l’URSS de Staline
Evgueni Schwartz naît en 1896 à Kazan sur la Volga, où son père est médecin. Il abandonne des études de droit et se consacre au théâtre dès 1917 ; il fonde une troupe installée à Leningrad jusqu’en 1923. Il participe à la vie théâtrale et littéraire de Leningrad. Lors des soirées à la Maison des Arts, il brille par son talent d’improvisateur et de parodiste, il compose des saynètes pour enfants. En 1923, Schwartz travaille comme journaliste à la rédaction de Kotschegarda. Avec Michaïl Slonimski et Oleïnikov, il collabore à la création d’un journal littéraire Le Chantier, où paraissent ses premiers textes. Dès 1925, Schwartz écrit et publie des contes, puis des pièces pour enfants, des pièces pour marionnettes et des scénarios de films. En 1931, il rencontre Nikolaï Akimov, directeur et principal metteur en scène du Théâtre de la Comédie de Leningrad, qui mettra en scène plusieurs de ses pièces et deviendra son ami. Pour le studio expérimental de Leningrad créé à Leningrad par Akimov, Schwartz écrit sa première pièce pour adultes en 1934 : Le Roi Nu, d’après Andersen, qui sera interdite par la censure avant même sa création. En 1940, une nouvelle pièce pour adulte, l’Ombre, également d’après Andersen, est créée au Théâtre de la Comédie de Leningrad avec un grand succès. En 1942, alors que le nazisme est en plein essor, Schwartz reprend l’écriture du Dragon. Le premier acte de cette pièce est écrit avant 1939, lorsque les rapports diplomatiques entre l’URSS et l’Allemagne ne lui permettent pas d’intervenir ouvertement contre le régime totalitaire. Quand la pièce est représentée pour la première fois à Moscou en 1944, un personnage moscovite très haut placé y trouve une critique du régime stalinien. Il fait interdire immédiatement la pièce. Après cet échec, Schwartz retourne vivre à Leningrad et garde le silence pendant dix ans. Il revient à la scène avec un conte pour enfants et deux pièces pour adultes. Atteint d’une grave maladie cardiaque, il meurt en 1958.
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