Il est 20h. Un pèlerin, le dernier de la journée sans doute, traîne encore sur les hauteurs d’Haranbeltz, à 50 minutes à pied du bourg d’Ostabat où il trouvera refuge. "La chapelle est ouverte?", se hasarde-t-il à demander aux quelques personnes regroupées devant l’édifice. "Non", répond Jean Loustalot avant de rapidement se raviser. "Allez, je vous l’ouvre vite fait", ne peut-il résister. En quelques minutes, celui qui fait partie des propriétaires de l’édifice datant du Xe siècle, résume l’ensemble des richesses du monument au visiteur ravi. "Ça aurait été dommage de rater ça", dira-t-il avant de reprendre la route.
Depuis deux ans, les passants peuvent visiter le lieu tous les jours. Après être resté fermé des années durant à cause de désaccords entre les propriétaires, l’ancien prieuré dédié à St-Nicolas revit. Il reprendra même un second souffle dans les prochains mois avec le début des travaux de sauvegarde qui devraient durer trois ans.
"Les travaux, dirigés par la DRAC (Direction régionale des affaires culturelles), consistent à enlever les graisses et poussières et à mettre en ¦uvre des traitements pour l’arrêt des dégradations", explique Jean-Pierre Brisset, amoureux de la chapelle et membre de l’association Les Amis de la Chapelle d’Haranbeltz. La première tranche des travaux consistera à renforcer les fondations et à mettre la bâtisse hors d’eau. Car l’édifice, classé monument historique depuis 2001, est passablement endommagé par endroits. Or il regorge de richesses picturales ou architecturales très anciennes.
Situé sur le chemin de Compostelle, Haranbeltz, un quartier d’Ostabat, était le premier lieu où convergeaient les pélerins venant des trois routes de pèlerinage (Paris, Vezelay et Le Puy). Comme dans tous les lieux de ce type, le chemin passait entre le prieuré et l’hôpital, abrité par un large porche. Cette chapelle existe depuis au moins 1059 puisqu’elle est citée sur le testament de Lope Eneco, vicomte de Baigorri.
Aujourd’hui, l’hôpital a disparu, il n’en reste que la porte attenante au porche. On en devine les fondations en observant le relief du champ voisin. Le reste de l’édifice se dresse toujours près du cimetière et des quatre maisons des anciens donats. Cette communauté composée par les habitants du quartier qui devait à l’époque être formé d’une dizaine de maisons avait la charge d’entretenir les lieux et de veiller sur les pélerins de passage (lire ci-contre). Dix siècles plus tard, ce sont encore les habitants du quartier qui, par filiation directe depuis le XIe siècle, sont propriétaires des lieux en indivision. Ces biens ont pourtant été confisqués à la Révolution française mais les ex-donats les rachetèrent plus tard à l’Etat. Aujourd’hui, il ne reste plus que quatre maisons à Haranbeltz. Etxeberria, Sala, Borda et Etxetoa veillent toujours sur la chapelle St-Nicolas avec désormais le concours de l’association des Amis de la Chapelle composée des propriétaires eux-mêmes et des membres de l’association amikuztar des Amis de St-Jacques de Compostelle.
"Aujourd’hui, je veux que l’on aille jusqu’au bout, qu’on la fasse revivre", commente Jean Loustalot de la maison Etxetoa. Les désaccords entre les propriétaires l’avaient pourtant poussé au découragement à une époque. Il était même prêt à céder les lieux pour le franc symbolique. Aujourd’hui, le retraité se nourrit du contact avec les visiteurs à qui il raconte tout ce qu’il a appris sur le tard sur ce patrimoine qui lui appartient pourtant.
"C’est incroyablement bon", sourit-il.
Tous les matins, de 11h à 13h, il est donc prêt à montrer le tympan décoré du XIIe siècle qui surplombe la porte de la chapelle. On y voit un chrisme en parfait état de conservation surmonté d’une Croix de Malte. Une fois la porte ouverte, le retraité a l’habitude de dire que tout est dans le même état qu’au XVIIIe siècle. A côté de la peinture en faux marbre datant du XIVe ou des sculptures polychromées à la feuille d’or, on découvre aussi des éléments moins reluisants comme ces fenêtres, sans doute percées au XVIIe siècle lors de l’une des rénovations de la chapelle, qui en échange d’offrir plus de lumière à l’autel entaille carrément des peintures plus anciennes encore. La nef a aussi été "massacrée" à la même époque par la pause d’un vulgaire lambris. Mais on peut encore admirer ce tableau bas relief d’une vierge romane assise sur un coffre basque, la peinture au plafond d’une représentation de Dieu entre les sculptures du Soleil et de la Lune ou encore les pierres tombales de Jacques Duhart enterré là en 1650 et de Jacques de Borda, dernier prieur d’Haranbeltz mis sous terre en 1760.
Pour préserver tous ces éléments, les Amis de la Chapelle organisent régulièrement des animations en ce lieu. Un concert d’Anne Etchegoyen est prévu le 24 août. En attendant, Haize Berri organise une visite mardi à 18h suivie d’une balade dans la forêt d’Ostabat.