Un nouvel épisode dans la "guerre des maillots de foot" en Espagne, où une partie des Basques et Catalans veulent mettre sur pied leur propre équipe "nationale" de football, s’est joué au Parlement.
Il ne manquait plus que le ballon lors de cette partie des débats sur la proposition de loi pour la reconnaissance des équipes régionales, déposée par deux partis nationalistes catalans, CiU (centre-droit) et ERC (gauche), à la chambre des députés à Madrid. Une session parlementaire qui rappelle à quel point le sport est politique et la politique est sport.
Les différents partis politiques qui composent la chambre des députés se sont exprimés sur le sujet mais ont aussi exhibé les uns et les autres les maillots des différentes sélections "nationales". L’occasion pour les députés nationalistes de montrer dans l’hémicycle les maillots catalans et basques.
Finalement c’est le PP et le PSOE, duo de défenseurs de circonstance, qui ont emporté la rencontre sur les attaquants catalans et basques. PP et PSOE ont aussi gagné avec le renfort de la coalition des Canaries. Score final 32 votes pour et 270 votes contre.
Indifférents aux succès espagnols
Les débats se sont ouverts par le discours du Catalan de l’ERC Joan Puig, qui a expliqué l’initiative et rappelé que des "milliers de Basques, Catalans et Galiciens sont indifférents aux victoires de la sélection espagnole". Il a par ailleurs dénoncé "l’attitude versatile" des socialistes qui aujourd’hui sont contre alors qu’en 2004 ils avaient soutenu une initiative similaire." Quelque peu provocateur, Puig a considéré que ce changement d’idée était dû à la "peur de perdre. Vous avez peur qu’il se passe dans d’autres disciplines ce qui est récemment arrivé en football en salle, quand la Catalogne a battu l’Espagne".
Josep Maldonado du CiU catalan est ensuite monté à la tribune pour lui aussi fustiger les socialistes. Le point d’orgue de son intervention fut lorsqu’il exhiba le maillot catalan en proclamant : "Il y a beaucoup de jeunes filles et de jeunes garçons catalans qui ont dans le coin de leur chambre ce maillot de la sélection nationale, et souvent le soir, ils rêvent qu’un jour pas si lointain, ils pourront le porter et disputer des compétitions officielles."
Le député socialiste Agustin Jimenez a ensuite "tenté" de mettre tout le monde d’accord en montant à la tribune avec le maillot rouge de l’équipe d’Espagne. Il attaqua avec vigueur Joan Laporta, président de la communauté autonome de Catalogne, en s’adressant aux porte-parole catalans :"Vous n’avez qu’à refuser que votre équipe participe à la Liga espagnole et avoir une Ligue propre à la Catalogne", a dit Jimenez avant d’exhiber le maillot espagnol en affirmant se sentir "fier d’un maillot qui nous représente à tous". Les "sélections" régionales basque et catalane jouent de temps à autre des matches amicaux, mais n’ont pas d’existence légale reconnue par les instances internationales du football pour participer à des compétitions officielles.
Autonomie élargie
Le projet de CiU et ERC était précisément que ces équipes puissent participer à des compétitions internationales, à l’image des équipes du Pays de Galle et d’Ecosse en Grande-Bretagne. Ce débat a repris de la vigueur récemment à l’occasion du match amical programmé entre la sélection catalane et l’équipe des Etats-Unis qui a été expressément interdit par la Fédération espagnole de football (RFEF) et qui finalement n’aura pas lieu.
Les Catalans rencontreront cependant les Basques à San-Mames lors de la traditionnelle rencontre de l’Euskal Selezioa à l’occasion des festivités de fin d’année. Le chef du gouvernement régional basque, le nationaliste modéré Juan José Ibarretxe, avait un jour rêvé tout haut d’un match entre les équipes du Pays Basque et de Catalogne lors d’un futur Mondial de football.
Ce débat sur les équipes nationales s’intègre à la problématique plus vaste de la place des régions autonomes au sein de l’Etat espagnol. Le statut d’autonomie élargie concédé en 2006 à la Catalogne par le pouvoir socialiste et l’échec de processus de paix au Pays Basque engagé par Zapatero, focalisent les critiques de la droite contre le gouvernement à six mois des élections législatives.