Une porte ouverte à l’explosif, un volet cassé pour entrer dans une maison dont la porte était ouverte, des gendarmes qui se trompent de domicile, des locaux mis sens dessus dessous, Askatasuna et plusieurs des personnes interpellées lundi ont dénoncé hier "une vaste opération médiatique qui se base sur très peu de preuves". Mardi et mercredi, six des quinze personnes interpellées lundi lors d’une opération policière d’envergure à Bayonne et aux alentours de St-Jean-Pied-de-Port, ont été laissées libres sans charges. Ce, après deux jours de garde à vue durant lesquels elles n’ont pu savoir pour quel motif elles avaient été interpellées.
Lundi à l’aube, Intza Oxandabaratz a appris que les gendarmes, à sa recherche, s’étaient rendus à son ancien domicile. Elle a donc attendu chez elle qu’ils arrivent. "Comme personne ne venait, je suis allée travailler, en passant à pied devant le Kalaka qui grouillait de gendarmes et de caméras. Personne ne m’a rien dit", a-t-elle commenté en soulignant le caractère "ridicule" de la situation. La jeune femme, responsable du collectif Lurra de lutte contre la spéculation foncière sera finalement interpellée en début d’après-midi à son travail. "Durant ma garde à vue, on ne m’a pas posé une seule question sur l’affaire Ducasse. Le grand spectacle de lundi n’est destiné qu’à faire l’amalgame entre Segi, Lurra, Ducasse et à criminaliser les militants basques", a dénoncé Intza Oxandabaratz.
De son côté, Maider Agerre a elle aussi raconté que les gendarmes sont allés chez elle sans savoir qu’elle y habitait. "Ils ont notamment pris mes cours et des livres pour enfants", a indiqué la jeune femme qui est enseignante. "Plus tard, les policiers, armés de masses, ont cassé le carrelage et chercher des armes qu’ils n’ont évidemment pas trouvées", a-t-elle ajouté.
Son compagnon Oskar Bizkai, porte-parole d’Askatasuna avait aussi été emmené lundi, les gendarmes croyant que son permis de conduire était un faux. "Tout le monde sait quelle collaboration étroite il y a entre les flics français et espagnols. Ils ont les moyens de vérifier une identité dans un délai très court. Or ils m’ont gardé deux jours", a-t-il souligné. Il a ajouté que sa fonction l’amenait à se montrer en public régulièrement et que les policiers savaient très bien qui il était.
Ces trois personnes ont été laissées libres sans charges et après avoir été peu ou pas interrogées sur les attentats qui ont touché l’auberge Ostape d’Alain Ducasse il y a plusieurs mois. Toutes ont sollicité les gendarmes pour savoir sur quelle base elles avaient été interpellées. "Aujourd’hui je ne sais toujours pas pourquoi ils m’ont arrêtée", a commenté, comme ses compagnons, Intza Oxandabaratz. Les objets leur appartenant ne leur ont toutefois pas été rendus. La voiture de l’un d’eux a même été endommagée.
Askatasuna a dénoncé une "vaste opération médiatique qui s’écroule aujourd’hui comme un château de cartes". "Or il faut justifier le déploiement de 200 policiers et la descente des juges Levert et Houyvet. Comme d’habitude ce sont donc les médias espagnols qui filtrent des informations disant que des portables, des ordinateurs, des documents, du chlorate ou du pétrole ont été retrouvés", a critiqué Anaiz Funosas. Autant d’objets qui n’ont rien de criminel et que l’on peut retrouver dans n’importe quelle maison a affirmé Askatasuna.
Libération, incarcérations
Parmi les personnes interpellées, Yves Salaberri a été remis en liberté hier, tandis que Urtzi Garcia et Gorka Betolaza, arrêtés lundi en Basse-Navarre et visés par un mandat d'arrêt européen ont été incarcérés à la prison de Seysses (Toulouse), a indiqué Askatasuna qui était sans nouvelles de Xabier Susperregi, Mizel Barnetxe, Mizel Queheillalt, Cedric Garai, Joan Bidart et Pantxo Flores dont la garde à vue est censée s’achever aujourd’hui. En outre, le bureau et l’ensemble d’Oihana ikastola ont indiqué apporter leur soutien à Xabier Perez Susperregi, vice-président de l’établissement.
Enfin, l’association de soutien aux prisonniers a rappelé qu’une manifestation est organisée demain à 15h à St-Jean-Pied-de-Port. Le CDDHPB (Comité de défense des droits de l’homme en Pays Basque), le collectif Lurra, AB, Batasuna, Segi, LAB et Anai Artea ont déjà appelé à y participer. Ce dernier estime déjà que "l’invasion policière de Saint-Jean-Pied-de-Port du lundi 24 septembre, jour de marché, restera dans les mémoires".