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Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2007-10-20
Antton BASURCO / Journaliste
En taule Oreja!

C ’est sûr depuis le 11 Mars 2004, le crédit apporté au Parti Populaire (PP) espagnol avait un peu baissé dans la communauté internationale. En apparence du moins, car il était quasiment impossible de faire autrement face au grossier mensonge d’Etat qu’avait imaginé le PP pour garder le pouvoir. Et une fois encore sur le dos des Basques... Pourquoi laisser de côté une recette qui marchait jusqu’alors me direz-vous.

Cette semaine le député européen (je souligne) du PP, Jaime Mayor Oreja s’est refusé à condamner le franquisme dans une interview à La Voz de Galicia, car "une majorité de familles l’ont vécu naturellement et normalement". Et il a ajouté au sujet du Pays Basque "certains disent que les persécutions dans les villages basques furent terribles, mais elles ne devaient pas l’être autant, car sinon comment expliquer que la majorité des Guardia Civil voulait être mutée au Pays Basque" (sic, sic et resic!). Plus que de la non-condamnation, on n’est pas loin de l’apologie. Il est évident que ce n’est pas la première connerie que sort l’un des membres de ce parti éminent, y’aurait de quoi écrire un bon petit livre comique de citations dramatiques. Mais là faut reconnaître que c’est du lourd.

Il y a eu un petit mouvement de protestation du PSOE, "cette fois-ci il a vraiment dépassé les bornes" (hou ! le méchant), la communauté internationale a eu un petit, mais petit hein !, hoquet de protestation. Et puis voilà, il y a des chances que sous le flux de l’information continue, comme on dit, que cela soit oublié d’ici Mars 2008.

Pourtant ces déclarations de Mayor Oreja soulèvent pourtant un grave problème, beaucoup plus grave qu'il n’apparaît. Mais avant d’aller plus loin je voudrais avoir une pensée émue pour tous ces bons Français remerciés, voire décorés sous le gouvernement du PP.

Au niveau international déjà, je suis surpris que si peu d’intellectuels si prompts à dégainer leurs plateaux-télé quand il s’agit de dénoncer le racisme, violence des banlieues, nationalisme, communautarisme, islamisme, fascisme, stalinisme, antisémitisme... (cochez la case qui vous semble la plus politiquement correcte, ou inventez-en d’autres), n’aient réagi. Imaginez, un homme politique italien qui refuserait de condamner le régime de Mussolini pour les mêmes raisons, ou un politique allemand déclarer que finalement sous le régime nazi une majorité d’Allemands vivaient heureux, et qu’il ne voit pas les raisons d’une condamnation de ces crimes contre l’humanité, qui finalement n’ont touché qu’une minorité. Ou qu’un ancien collaborateur nous déclare que le temps du Maréchal, finalement c’était le bon temps. Vous imaginez ? Cela provoquerait un tollé énorme ! Mais dans notre cas, non ! Que voulez-vous, l’Espagne est une démocratie qui n’a aucun problème avec son passé, présent, (et futur au rythme où vont les choses) ; et le PP est un parti démocratique avec qui on a traité et avec qui on est appelé à traiter. Restons pragmatiques : circulez y’a rien à voir!

Ce que je remarque aussi c’est que cela se passe en Espagne, un pays où une loi taillée sur mesure a permis d’interdire le parti Batasuna, à la base parce qu’il se refusait à condamner la violence d’ETA. Je parle de la version officielle, évidemment ! Violence d’ETA qui a fait grosso modo 800 morts. Soit ! Le franquisme, et là je donne le chiffre officiel qui comme chacun le sait est toujours en deçà de la vérité, a fait 200.000 morts. Alors là il va falloir que l’on m’explique quelque chose. Qu’est-ce qui définit le degré de condamnation de la violence par un régime, un parti, ou un homme politique dit démocratique ? Parce que 800 morts contre 200.000, le match est loin d’être serré. Alors non, cela ne doit pas être le nombre de morts. La durée dans l’histoire ? Les morts les plus récents vaudraient donc plus que les morts plus anciens ? Dans ce cas-là combien d’années devront attendre les nazis pour partager leur point de vue sur les camps de concentration ? Je pense que les juifs, les tziganes, les homosexuels, les communistes, les handicapés... et finalement tout être humain, apprécieront les perspectives historiques de la balance et mémoire démocratique. Non cela ne doit pas être ça ! Mais alors quoi? Un certain degré de violence serait-il accepté quand il s’agit de rétablir l’ordre des choses : le peuple à sa place, les dirigeants ont la leur ? Je n’oserais y penser. Le projet politique défendu par la violence? Le franquisme serait donc plus appréciable que l’idée du droit d’un peuple à disposer de lui-même reconnu par les Nations-Unies ? Peut-être... Je cherche encore.

Et j’espère que pour le moment les démocrates de tous les pays, qui semblent si épris de paix, se lèveront comme un seul homme au Parlement Européen pour boycotter la prochaine intervention de Mayor Oreja, et que sur la durée l’interdiction du PP soit envisagée, et que Jaime Mayor Oreja se retrouve en taule pour apologie d’un régime fasciste. En cela ils seront en accord avec un rapport du Conseil de l’Europe du 4 novembre 2005, qui souligne la nécessité de condamner le franquisme, et ajoute que "la violation des droits de l’homme n’est pas une affaire interne qui ne concerne que l’Espagne seule". Mais non, cela n’arrivera pas, nous vivons en démocratie, chacun a le droit de s’exprimer librement.

Bande d’hypocrites ! Quand pour la défense d’intérêts économiques et politiques, on commence à vider les mots de leurs sens, permettre tout et n’importe quoi au copain des copains, accuser de tout et de rien et jouer avec le droit, alors à force, on risque le fait que le mot démocratie ne soit plus qu’un mot vide, triste reflet de lui-même. Et oui, la démocratie ne se résume pas au droit de vote, ni à engendrer des bénéfices.


 
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