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Guggenheim de Bilbao : le musée qui a relancé "la ville noire"
·Le musée Guggenheim fête ses dix ans d’existence, dix ans pendant lesquels il a été le symbole du renouveau de cette ville ouvrière qui était alors en pleine crise économique
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Elisa SANTAFELe Guggenheim de Bilbao célébrait hier ses 10 ans jour pour jour d’existence, une décennie de succès pour ce musée d’avant-garde qui a surmonté les critiques et lancé le renouveau de la "ville noire du Pays Basque, alors en plein déclin industriel. Du haut de ses quatre mètres, "Puppy", le célèbre chien en fleurs qui monte la garde à l’entrée du musée, voit passer en moyenne un million de visiteurs par an, dont plus de 60% d’étrangers. Un succès inespéré: ses fondateurs tablaient sur un nombre de visiteurs annuel compris entre 250 000 et 500 000. Pour son 10e anniversaire, le musée a inauguré hier l’oeuvre en extérieur "Arcs rouges" du Français Daniel Buren, une grande arche rouge enjambant le pont proche du musée et qui sera l’une des ¦uvres permanentes du Guggenheim. Tout en angles et en rondeurs, recouvert de plaques de titane argentées surplombant la Ria de Bilbao, qui débouche quelques kilomètres plus loin dans l’Atlantique, le musée à l’architecture spectaculaire a d’abord peiné à convaincre les habitants, qui le jugeaient trop onéreux, trop moderne.
Noire de pollution
Au début des années 90, noire de pollution, Bilbao, un temps l’une des villes les plus riches d’Espagne grâce à l’industrie sidérurgique, sombrait dans le marasme. Le chômage atteignait des sommets. La fondation Solomon Guggenheim, de la famille américaine du même nom, cherchait une ville européenne pour installer un musée frère du Guggenheim de New York: Salzbourg? Venise? Ce fut Bilbao. Le gouvernement régional basque releva le défi de ce projet de 150 millions d’euros, financé à 100% par des fonds publics locaux. "Les gens avaient peur car tout était différent et nouveau", a récemment expliqué son architecte américain, Frank Gehry. Mais 10 ans plus tard le musée "est toujours là et en pleine forme". Aux critiques citoyennes s’étaient ajoutées l’opposition de l’organisation indépendantiste armée ETA. Six jours avant l’inauguration, elle avait abattu un policier chargé de surveiller le musée. Le groupe clandestin, qui a repris les armes en juin après une trêve de 14 mois, continue sans le vouloir de marquer la trajectoire du musée: "Basque Chronicles", une exposition photographique temporaire du Navarrais Clemente Bernard suscite l’hostilité des associations de victimes qui demandent son retrait, la jugeant trop complaisante envers les indépendantistes.
Le réseau Guggenheim
Pour ses 10 ans, le musée, qui a abrité près de 100 expositions depuis sa naissance, présente jusqu’au 27 avril "Art in USA: 300 ans d’innovation" qui expose des ¦uvres provenant de collections privées et publiques des États-Unis et reflète l’influence de chaque époque sur l’art américain. Le musée appartient au "réseau Guggenheim" qui partage avec les Guggenheim de New York et Las Vegas et les collections Peggy Guggenheim de Venise et Berlin et bientôt d’Abou Dhabi une importante collection permanente tournante.Bâti sur une rive industrielle désaffectée, le Guggenheim de Bilbao a créé ex-nihilo un tourisme alors inexistant. Les visiteurs y sont depuis 2004 plus nombreux qu’à Donostia, la grande station balnéaire basque. Les autorités locales estiment qu’il a généré 4.500 emplois et 1,5 milliard d’euros dans une ville aujourd’hui en plein renouveau économique. Le musée a été le fer de lance d’une vaste rénovation confiée aux plus prestigieux architectes: nouvel aéroport de l’Espagnol Santiago Calatrava, métro du Britannique Norman Foster, nouveau plan d’aménagement de la Ria par l’Irakienne Zaha Hadid, etc. Ce renouveau a valu à Bilbao le prix du meilleur projet urbain du monde à la biennale de Venise en 2004 et, qui l’eut cru il y a 10 ans, le prix Pfizer de la ville d’Espagne "la plus saine".
Le musée Guggenheim de Bilbao inaugure les "Arcs rouges" de Daniel Buren
Daniel Buren était hier la vedette du musée Guggenheim de Bilbao, qui inaugurait pour son 10e anniversaire les "Arcs rouges" du peintre et sculpteur français, une arche enjambant le pont voisin de ce lieu symbole du renouveau de la cité industrielle basque.
Illuminés de nuit, ces "Arcs rouges" ont été officiellement inaugurés hier soir. Ils surmontent le pont situé face de l’imposant et audacieux édifice avant-gardiste de l’Américain Frank Gehry créé il y a juste 10 ans.
Il s’agit de la troisième ¦uvre permanente du musée intégrée à ses environs immédiats, avec "Puppy", le célèbre chien en fleurs de l’Américain Jeff Koons qui monte la garde du musée et l’araignée géante de la Française Louise Bourgeois.
"C’est une sorte de porte", a expliqué aux journalistes l’artiste français, célèbre pour ses "colonnes" blanc et noir de la cour d’honneur du Palais Royal à Paris (1985-86), qui avaient suscité une controverse. "Ce que j’ai fait est d’accentuer aussi cette idée de porte : on entre ou on sort de la ville sous une porte, ce qui aussi relie une image que tout le monde peut avoir des anciennes portes qui fermaient ou ouvraient toutes les villes, en tout cas à l’époque du Moyen Âge", a expliqué Buren.
Pourquoi le rouge? Pour donner "du caractère au pont", a expliqué Buren. Aussi parce que "C’est une couleur qui pouvait marcher avec l’argenté et le doré" du musée et que "le rouge se détache des couleurs de la campagne".
Ironie de l’histoire, l’artiste français avait présenté sans succès son projet à la Fondation Guggenheim il y a 10 ans. Il a finalement été retenu parmi trois autres projets, dans le cadre du concours lancé en 2006 par le Guggenheim, en prévision de son 10e anniversaire. La commande prévoyait que l’¦uvre devait également constituer "une contribution à la ville", a expliqué le directeur du musée, Juan Ignacio Vidarte.
"Pour moi, ce soir, l’inauguration de ce pont est aussi son dixième anniversaire", s’est réjoui Buren. Et quand un badaud s’insurgea pendant la visite de cette "horreur", l’artiste se contenta de lâcher: "Je suis blindé".
300 ans d'art américain au Musée Guggenheim
Le musée Guggenheim accueille jusqu’au 27 avril "Art in USA: 300 ans d’innovation", la plus importante exposition d’art américain jamais montée en Europe, avec 200 ¦uvres de 120 artistes.
"Art in USA: 300 ans d’innovation" s’efforce d’apporter une vision d’ensemble sur l’art et la société nord-américaine depuis 1700 jusqu’à aujourd’hui. La plus exhaustive exposition d’art américain jamais montée en Europe. L’exposition est organisée en six sections chronologiques qui révèlent qu’à chaque époque l’art s’est fait l’écho de l’histoire du pays et a contribué à une narration complexe marquée par la découverte, la croissance et l’expérimentation.
L’exposition avait été présentée le 10 octobre dernier à Bilbao par le directeur du musée, Juan Ignacio Vidarte, et le directeur de la Fondation Solomon Guggenhein et commissaire de l’exposition, Thomas Krens.
L’idée de cette exposition, qui exhibe environ 200 ¦uvres de 120 artistes nord-américains et qui occupe 9 000 des 11 000 mètres carrés d’espace expositif dont dispose le musée de Bilbao, a surgi en 1995, selon les explications du commissaire Krens, comme contrepartie à l’exposition "Chine : 5 000 ans", organisée par la Fondation S. Guggenheim en 1999.
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