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Le JPB > Pays Basque 2007-11-03
Jacques TESTART / Chercheur, Président de Sciences Citoyennes et d’Inf’OGM
Dans la balance, les OGM ne pèsent qu´en inconvénients

Jacques Testart est un scientifique mondialement reconnu. Agronome à l’INRA puis directeur de recherche à l’Inserm, il est à l’origine du premier bébé-éprouvette français. Le spécialiste de la fécondation in vitro met toutefois en garde contre les dérives de la science.

Les organisateurs de Lurrama vous ont choisi car vos idées sont en adéquation avec la philosophie du salon. Vous revendiquez un regard ouvert sur la science mais avec beaucoup de prudence?

Oui. Je me suis moi-même essayé au principe de précaution. J’étais chercheur en procréation assistée. Je me suis très vite aperçu que ça allait permettre d’identifier les futurs enfants et de sélectionner ceux qui conviennent aux parents et pourquoi pas à la société. J’ai dit Halte là ! J’ai continué à travailler en procréation assistée mais en refusant de m’intégrer dans le circuit de la génétique, c’est-à-dire de l’identification. On faisait des bébés pour les gens qui ne pouvaient pas en faire en mélangeant ovules et spermatozoïdes, en remettant l’embryon dans l’utérus mais sans aucune possibilité de voir si l’enfant était un garçon ou une fille, s’il aurait telle ou telle maladie, etc. Et j’en suis resté toujours là.

Vous militez pour une éthique de la science...

Oui, il y a un lien entre l’éthique du scientifique et l’éthique du citoyen. Je me suis toujours considéré comme un citoyen et j’ai jamais voulu direcomme le font beaucoup de mes collègues: moi je fais de la recherche et les gens se démerdent avec ce que je trouve. Je trouve ça un peu lâche et un peu dangereux. Dans les laboratoires de recherche, on est en position de changer la face du monde. Dans trente ans, les gens vivront avec ce qu’on fait aujourd’hui dans les labos. On ne peut pas s’en laver les mains. On peut dire je veux ou je refuse de travailler là-dessus ou encore, et c’est ma position, demander aux gens sur quoi ils voudraient que l’on travaille.

En pratique c’est assez compliqué...

Oui. Il n’y a pas de procédure qui permette de recueillir l’avis des gens. Actuellement, je me bats beaucoup pour valoriser ce que j’appelle la "conférence de citoyens". Cela permettrait de prendre des gens au hasard, les amener à l’école sur un sujet donné (nucléaire, OGM ou autre). Ils en sauraient ensuite assez pour discuter entre eux et prendre un avis qui soit éclairé et qui serve aux politiques pour fabriquer la loi. C’est ça la démocratie de l’avenir.

Vous n’êtes pas un partisan des OGM. Aujourd’hui la polémique sur ce sujet ne ressemble-t-elle pas à celle qui a pu accompagner l’arrivée du bébé éprouvette, qui a pourtant été un progrès ?

Je veux bien que l’on compare les deux. Mais la différence c’est que l’on a fait des bébés éprouvettes parce que les gens voulaient avoir des bébés. Je ne connais personne qui veuille manger du maïs transgénique. Cela fait quand même une différence. Aujourd’hui, il y a des centaines de milliers de parents qui ont eu des enfants après fécondation in vitro, ils sont très contents. Sur les OGM, les gens s’en foutent ou n’en veulent pas, ce n’est pas du tout la même situation.

Quand bien même certains en voudraient, vous pensez que les OGM sont dangereux?

Je ne dis pas que c’est dangereux car ce n’est pas démontré. Je dis c’est peut-être dangereux. Mais ça n’apporte rien. Donc si c’est peut-être dangereux et que ça n’apporte rien, le principe de précaution, qui nous oblige à mettre sur la balance les avantages et les inconvénients, ne pèse que du côté des inconvénients. Côté avantages, il n’y a rien sauf pour les multinationales qui vendent les semences brevetées. Les OGM c’est absurde.


 
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