Trois semaines après la diffusion dans la presse du verdict concernant l’un des procès du macrodossier 18/98 [lire le journal du 1er décembre], l’Audience Nationale, la plus haute juridiction pénale espagnole, a condamné à des peines allant de 2 à 24 ans de prison 47 personnalités reconnues pour leur travail pour la culture, la langue ou pour leurs prises de position publiques pour l’indépendance du Pays Basque. Cinq autres ont été acquittés.
Ces personnes font partie du plus grand procès organisé à Madrid pour des affaires basques et qui s’est tenu de novembre 2005 à mars 2007. Un procès truffé d’irrégularités et basé sur la thèse de l’"entourage", prôné par le juge Baltasar Garzón selon lequel tous les mouvements ayant les mêmes objectifs que l’ETA font partie de l’organisation armée. À cause de ces manquements, après huit mois d’audience, le procès avait même été annulé, pour tout reprendre dès le début. Même après la reprise, une délégation de juristes internationaux venus en observateurs avait dénoncé les manquements aux droits de la défense, qui n’avait pas eu accès, entre autres, au dossier de mise en accusation.
Le jugement communiqué hier reprend mot par mot le verdict annoncé par la presse le 30 novembre dernier et confirmé par le ministre espagnol de l’Intérieur le lendemain. Les peines d’incarcération prononcées totalisent plus de 500 ans pour les 47 personnes. Ces militants appartiennent à un ensemble d’organisations basques agissant sur le terrain politique (Kas-Ekin), international (Xaki), médiatique et culturel (le journal Egin) ou promouvant des actions de désobéissance civile (Fondation Joxemi Zumalabe).
Hier, lors de la lecture du jugement, la juge Angela Murillo a été interrompue par une vingtaine des personnes jugées qui se sont levées dans le box des accusés pour entonner, le poing tendu vers le ciel, l’Eusko gudariak, un chant indépendantiste. Après évacuation des accusés, la magistrate a continué.
Kas-Ekin n’était pas seulement un "satellite" de l’ETA mais "faisait partie du c¦ur même" du groupe basque armé, a estimé dans son verdict la présidente du tribunal de l’Audience nationale, Angela Murillo. La magistrate a également estimé que Xaki n’était "rien de moins que l’appareil international" du groupe basque armé et que la Fondation Joxemi Zumalabe avait "collaboré de manière décisive avec l’organisation ETA".
Le tribunal a ainsi intégralement suivi la thèse du parquet, selon lequel ces organisations appartenaient à l’appareil politique de l’ETA, comme l’avait défendu le juge Baltasar Garzon. De 1998 et 2002, ce magistrat a cherché à démanteler plusieurs organisations proches ou faisant partie de la gauche abertzale.