L’enquête sur la diversité française testée en Pays Basque nord
·L’INED et l’INSEE testent leur questionnaire pendant un mois dans différents foyers à l’Intérieur et sur la Côte
ACiboure, à Arcangues, à Bidart, à Hasparren, à Hendaye, à Saint-Pée-sur-Nivelle ou dans les villes du BAB, une enquêtrice de l’Insee doit rencontrer une dizaine de "ménages" (au sens statistique du terme), du Pays Basque nord pour préparer une enquête intitulée "Trajectoires et origines".
Philippe Neuilly est le responsable de la division "enquête auprès des ménages" de l’Insee Aquitaine (Institut de la statistique et des études économiques). En l’occurrence,"il s’agit de tester la qualité de nos questions, de voir comment elles sont accueillies".Les ménages concernés devraient donc dans un premier temps recevoir un courrier de l’Insee leur indiquant le nom de l’enquête et le nom de l’enquêtrice chargée de les interroger.Puis, celle-ci viendra les rencontrer en leur garantissant l’anonymat.
Echantillon basque
Trois cents questionnaires seront ainsi remplis et collectés d’ici au 7 janvier en Aquitaine, en Ile-de-France et en Lorraine. Pourquoi choisir le Pays Basque nord comme échantillon de population représentatif dans une enquête hexagonale portant sur les origines ? "On y trouve différents types de territoires, rural, urbain, semi-urbain... Oui, nous allons sans doute trouver des données intéressantes sur l’identité basque mais ce n’est pas notre axe de travail principal" précise Philippe Neuilly.Depuis plus de deux ans, un groupe d’une quinzaine de chercheurs prépare sous l’égide de l’Insee et de l’Ined (Institut des études démographiques) cette enquête intitulée "Trajectoires et origines".Il s’agit d’une enquête sur la diversité des populations dans l’hexagone, qui a pour objectif d’analyser l’impact de l’origine dans l’accès au logement, à l’éducation, à l’emploi, aux loisirs, aux services publics, aux prestations sociales, etc.Cette enquête a défrayé la chronique début novembre et en particulier certaines de ses questions : "En pensant à votre histoire familiale, de quelle(s) origine(s), de quelle(s) couleur(s) de peau vous diriez-vous ?" ; "Dans la vie quotidienne, à quelle fréquence vous parle-t-on de vos origines ou de votre couleur de peau ?" ; "Comment pensez-vous que les gens vous voient ?" Dans l’enquête menée ce mois-ci au Pays Basque nord, ces questions ont été "retirées".
Au début du mois de novembre, après la polémique suscitée par le projet de loi de Brice Hortefeux sur l’immigration et ses tests ADNpour le regroupement familial, SOS Racisme lançait une nouvelle pétition intitulée "Fiche pas mon pote" et dénonçant les statistiques ethniques. Samuel Thomas, vice-président de SOSRacisme, dénonçait alors vigoureusement l’enquête de l’Insee et de l’Ined."Je refuse qu’une prétendue caution scientifique consolide les stéréotypes racistes qui continuent malheureusement de travailler de l’intérieur la société française" soulignait-il.Et de poursuivre, "affirmer combattre les phénomènes discriminatoires à l’aide de marqueurs identitaires est en contradiction avec nos principes républicains et relève du mensonge" assurait-il.
Réponse d’un collectif de chercheurs de l’Ined et de l’Insee publiée dans le quotidien Libération le 15 novembre dernier : " (...) Il ne s’agit nullement d’ Œenfermer’ les personnes interrogées dans des Œcatégories ethnoraciales’, il ne s’agit nullement de recenser les personnes selon leur origine, de faire des statistiques ethniques mais plutôt d’évaluer, de mesurer la place de l’ethnicité dans la définition de soi, dans l’assignation à une différence non revendiquée et dans les trajectoires socioprofessionnelles (...)".
Statistiques ethniques
Délicat débat tranché finalement par le Conseil constitutionnel quelques jours plus tard.Celui-ci a censuré l’article prévoyant l’utilisation de ces statistiques pour définir les politiques dites de "maîtrise" de l’immigration dans l’hexagone.Philippe Neuilly quant à lui insiste sur le fait que les personnes interrogées ne sont pas obligées de répondre aux questions.Et il affirme que "en tant que statisticien, le fait qu’on ne puisse pas poser ces questions me dérange pour mes études parce que l’idée, c’était vraiment de mettre derrière des mots tels que Œintégration’, Œimmigration’ - qui sont employés très régulièrement actuellement - des critères objectifs et scientifiques. Il s’agissait de voir tout ce qui peut perturber le parcours de quelqu’un".
Mais, "en tant que citoyen, je pense que le Conseil constitutionnel et la Commission informatique et libertés (CNIL) sont des juges de paix.Ils ont fait leur travail.C’est le principe de précaution qui prévaut et ils ont certainement une vision plus globale que la nôtre quant aux enjeux que recouvrent de telles questions".
Les résultats de ces tests seront discutés devant la CNIL en février prochain.En fonction de ce nouvel avis, l’enquête "Trajectoires et origines" sera menée à l’échelle hexagonale.Son coût est évalué à 2,5 millions d’euros et elle est notamment financée par la Haute autorité de lutte contre les discriminations (Halde) et par l’Agence pour la cohésion sociale et l’égalité des chances (Acsé).
|