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Le JPB > Culture 2008-01-03
California dreamin, ou l’irrésistible drôlerie de GI’s coincés en Roumanie
·Le film posthume de Cristian Nemescu est à l’affiche et mêle espoir et humour caustique sur fond de guerre du Kosovo

Très remarqué au dernier Festival de Cannes où il a décroché le prix Un Certain Regard, California dreamin, le premier film écrit et réalisé par un jeune Roumain de 27 ans nommé Cristian Nemescu, donne une leçon de géopolitique d’une irrésistible drôlerie. La longueur deux heures et trente-cinq minutes de Nefarsit, le titre original de ce film sorti hier au cinéma Le Royal de Biarritz, s’explique par son caractère inachevé : son auteur est mort tragiquement le 24 août 2006, en plein montage, dans un accident de voiture avec son ingénieur du son Andreï Toncu. Cristian Nemescu avait été révélé cette année-là à la Semaine de la critique, section parallèle de Cannes où était présenté son moyen-métrage Marilena de la P7, portrait d’un adolescent amoureux d’une prostituée. En sélection officielle en mai dernier mais hors compétition pour la Palme d’or, comme le sont les ¦uvres de la section Un Certain Regard, réservée aux jeunes cinéastes ce film original avait récolté de chaleureux éloges. California dreamin raconte, pendant la guerre du Kosovo en 1999, l’arrivée d’un train transportant du matériel de l’OTAN, dans un petit village roumain. Là un chef de gare filou et fantasque décide de bloquer le convoi, escorté par une escouade de GI’s armés, tant qu’il n’aura pas vu les autorisations officielles qui auraient dû accompagner sa cargaison.

Fonctionnaire zélé

En butte à la mauvaise foi opiniâtre de ce fonctionnaire anormalement zélé, les militaires n’ont d’autre choix que de prendre leur mal en patience et de visiter un minuscule village roumain dévoré de curiosité à leur égard. Cristian Nemescu tire une infinité d’effets comiques du choc entre ces deux univers radicalement étrangers : d’un côté la misérable campagne roumaine post-communiste, règne du sauve-qui-peut et du chacun pour soi, de l’autre la force tranquille de la première puissance économique et militaire mondiale. Dans des scènes d’une ironie féroce, il filme les manipulations réciproques auxquelles se livrent le chef de gare et le commandant des militaires, la cupidité d’un maire qui cherche à "vendre" son village aux investisseurs et l’émoi de jeunes villageoises face à des specimen de Yankees musclés. Si cette irrésistible galerie de portraits penche vers la farce, California dreamin ne tombe jamais dans la caricature, et conserve jusqu’au bout une originalité de ton et une liberté qui font tout son charme. Servie par la finesse du jeu d’acteurs tous excellents Armand Assante, Razvan Vasilescu, Jamie Elman, Maria Dinulescu, la comédie subvertit bientôt les rôles des uns et des autres... des vérités plus subtiles, et une discrète leçon de géopolitique du XXe siècle affleurent alors. Ainsi l’énergie du désespoir déployée par les Roumains pour sortir de leur misère et leur désert culturel contraste-t-elle bientôt avec la secrète mauvaise foi des Américains, obnubilés par les règlements internationaux et par leur bon droit, mais indifférents, au fond, au sort des autres nations.

Et l’aliénation d’une jeunesse prête à tout sacrifier pour émigrer vers l’Ouest, quitte à tourner le dos à son identité et à son histoire, apparaît vivement, en quelques séquences. Les rôles des Etats-Unis et de l’OTAN en Europe depuis la fin de la Seconde guerre mondiale sont également évoqués, sur un ton caustique. Le final, ambigu mais plein d’espoir, ajoute encore à la réussite du film.


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