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Le JPB > L'opinion > Tribune Libre 2008-01-18
Fito RODRIGUEZ / Président d’Euskal Idazleen Elkartea
Déclaration des littératures en langues minorisées de France

L e processus de construction de l’état français, eut pour effet l’élection et le développement d’une seule de ses différentes langues et cultures. Par conséquent, les langues et cultures locales se virent interdites. Le breton, l’alsacien, l’occitan, le corse, le catalan ou le basque ne purent bénéficier du système éducatif mis en place par l’Etat. Au contraire, ces langues furent condamnées au bannissement du système éducationnel public et officiel. Mais l’exemple français n’est pas le seul. Au Royaume Uni, par exemple, le gaélique, le gaélique écossais et d’autres langues et cultures celtes furent écartées de l’éducation nationale, en Belgique le néerlandais n’obtint le traitement qu’il méritait qu’à la naissance de l’Etat fédéral (en 1932 il y avait 108 écoles publiques et 101 privées en Flandre, et toutes employaient le français)Š

En France, l’Etat n’a jamais accepté de soutenir les établissements scolaires non assimilés à son autorité. Nous avons tous en mémoire les paroles prononcées par Barère en 1794 : "Le fédéralisme et la superstition parlent bas breton, l’émigration et la haine de la République parlent allemand, la contre-révolution parle italien et le fanatisme parle basque. Cassons ces instruments de dommage et d’erreur". Toutes les tentatives de législation de l’enseignement (Mirabeau 1740-1791, Talleyrand 1758-1838, Condorcet 1743-1793Š) et principalement la réforme de l’éducation instaurée par Napoléon Ier (1799-1815) n’ont jamais fait qu’entériner le déni des cultures étrangères à la française. Le Décret du 17 novembre 1794 approuva et fit appliquer l’enseignement du français dans toutes les écoles de la République. En avril 1792 la Mairie de Bayonne et en 1902 le Préfet de Mauléon publièrent leurs recommandations : l’enseignement dans la région serait intégralement en français. De même en 1819, le français s’imposa par ordre du Préfet en Garazi, marquant ainsi la persécution de l’euskara dans l’enseignement de tout le Pays Basque Nord : "J’ai exigé des instituteurs l’abolition entière de l’usage de la langue basque en classe". (Inspecteur Académique de Mauléon, 1833), "Le règlement interdit de parler basque" (Comité de Saint-Palais, 1846). Ainsi, la langue française devait systématiquement refouler l’euskara de la place qui lui correspondait : "Nos écoles en Pays Basque ont particulièrement pour objet de substituer la langue française au basque". (Préfet des Basses Pyrénées, 1846). L’Education Nationale n’acceptant pas l’expression d’une autre langue ou culture que la sienne, elle n’a favorisé aucune expérience étrangère à son organisation. Jusqu’à la publication le 11 décembre 1959 de la loi contractuelle par laquelle elle inaugura l’apport de soutiens financiers à des "établissements privés".

En ce sens, la publication en 1852 de manuels scolaires bilingues français-basque, tels que celui écrit par Archu "Uskara eta franzes gramatika uskalerrietako haurrentzat egiña", avait pour seul objet la débasquisation, car la majorité des enfants de l’époque étant bascophones monolingues, les professeurs utilisaient le basque afin d’enseigner le français.

Puis en 1948 fut publiée la Déclaration des Droits de l’Homme qui dans son article 21 reconnaît à toute personne le droit à l’éducation et à la langue sans avoir à subir de discrimination. En Pays Basque, ce droit a été historiquement bafoué.

En résumé, la République française ne partage avec personne ses compétences en matière de langue et d’éducation.

Pour sa part, la langue basque vit dans un éclatement législatif tel qu’elle est condamnée à ne jamais se normaliser. Elle nécessite d’une loi européenne unique qui soit applicable dans les différents territoires basques. Ce qui est valable pour la langue l’est également pour le système éducatif. Prenons le cas de la Catalogne située dans l’état espagnol. Dans sa Llei 7 de Normalizació Lingüística datant de 1983, le catalan est la langue de l’enseignement de tout le territoire, appelé "Comté catalan".

Autrement dit, et suivant l’exemple du Québec ou de la Flandre, basés sur des droits linguistiques régionaux, une éducation bascophone sera notre seule issue pour en finir avec le bilinguisme asymétrique et la substitution culturelle.

En guise de conclusion, soulignons le fait que nous n’avons jamais eu la possibilité de développer convenablement notre production littéraire afin d’intégrer nos langues à la société.

Jamais un peuple qui ne soit maître de sa langue ne pourra saisir le devenir de sa culture. Nos cultures ont besoin de leur langue tout comme de leur littérature. En nous réunissant et en échangeant nos expériences, nous aiderons sans aucun doute à avancer dans ce sens-là. Si le présent est insuffisant et notre futur se doit d’être meilleur, nous sommes convaincus que des démarches telle celle que nous entreprenons aujourd’hui sont indispensables à la transformation et l’évolution des langues minoritaires et les cultures qu’elles représentent. Soyez les bienvenu(e)s donc en Pays Basque. Soyez les bienvenu(e)s à la terre des BasquesŠ


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