Gendarmes en nombre et gaz lacrymogènes face à des dizaines de paysans remontés refusant l’expulsion de l’un des leurs, les débats sur l’avenir de la ferme Kako ont pris des allures de bataille rangée hier à Saint-Palais. Refusant l’avis émis par le Comité Technique de la Safer en défaveur de Fred Larrañaga et du GFAM Lurra, les manifestants venus à l’appel d’ELB et du GFAM ont forcé la société d’aménagement foncier à recevoir une délégation et à reconsidérer le futur de la ferme Kako d’Ainharp.Il est près de midi quand Mattin Etxecopar, délégué d’ELB à la Safer sort de la salle où se réunit le Comité Technique de la Safer. "Six voix se sont portées pour le projet de Gilles Gachen et Lydia Lahargou et cinq pour celui de Fred Larrañaga", annonce-t-il aux 200 personnes réunies depuis deux heures sur le parking de la Maison de l’agriculture de Saint-Palais. "Ils disent qu’ils sont gênés mais les positions sont assez figées, les gens n’étaient pas là pour discuter", ajoute le syndicaliste. La colère se lit sur les visages. "Ils expulsent un paysan, ça ne s’est jamais vu!", entend-on par ici. "Kako à Fredo!", lance-t-on par là. Bien vite, les manifestants entendent demander des explications aux membres du Comité Technique encore à l’intérieur du bâtiment. Les gendarmes bloquent l’accès alors que les paysans sont déterminés à passer. Le ton monte, les manifestants s’engouffrent sur la passerelle qui mène à l’entrée du bâtiment et se mettent à pousser collectivement. Les gendarmes tentent de repousser l’assaut mais bientôt leurs forces ne suffisent plus. Les gaz lacrymogènes fusent. Les manifestants toussent, crient, crachent. Les mottes de terre volent. Les gendarmes lâchent et les paysans atteignent la porte du bâtiment.
Celle-ci est fermée à clé. Les manifestants exhortent les gendarmes à l’intérieur ainsi que les membres du comité technique d’ouvrir. En vain. "Il faut qu’une délégation vienne parler sinon ça va péter", lance un manifestant excédé. Après de longues tractations sur le nombre de personnes pouvant entrer et l’assurance répétée d’ELB qu’il n’y aurait pas de passage en force, Fred Larrañaga, sa compagne ainsi que des membres du GFAet d’ELB rencontrent enfin les membres du comité technique.
Près de deux heures de discussion plus tard, un accord est signé entre la délégation et la Safer pour que celle-ci s’engage à rencontrer la propriétaire de Kako, à lui expliquer la situation et notamment le fait que le couple Larrañaga continue d’occuper la maison d’habitation, l’objectif étant de la convaincre de vendre son bien au GFA. "Du coup, je ne pense pas que le Conseil d’administration de la Safer tranchera sur ce cas mardi prochain car on attendra sans doute de rencontrer Mme Errecart, la propriétaire", a expliqué Jean-Claude Saint-Jean, président de la Safer Pays Basque à l’issue de la réunion.
"Ce qui se passe aujourd’hui est ahurissant. La FDSEA n’a pas voté pour Lydia Lahargou mais pour l’expulsion de Fred Larrañaga. Nous sommes ici pour soutenir un candidat à l’installation. S’il s’agit d’une guerre syndicale, ce n’est pas la nôtre", a commenté Marie-Claire Leugorry d’ELB. "La Safer a le dossier en main depuis un an et demi. Elle a bien laissé traîner les choses sans doute car la configuration Fred-GFA ne lui convient pas. En tout cas, une expulsion n’est pas envisageable", a ajouté Anita Duhau du GFAM Lurra. Le groupement a déjà réuni 2000 parts à 63 euros pour permettre l’achat de Kako .
ENTRETIEN
Fred LARRAÑAGA | Candidat à l´installation sur la feme
Kako
Vous attendiez-vous à ce que la décision d’aujourd’hui n’aille pas
dans votre sens ?
Non. Je suis un peu éc¦uré. Je ne pensais pas que ça allait tourner comme ça. Je continue à penser que ma candidature est la plus légitime. Je ne dois pas raisonner comme les membres du Comité Technique.
Comment l’expliquez-vous ?
L’acquisition de la maison influence sans doute le débat. Sauf que dans les deux projets, son poids financier est trop lourd. De notre côté, nous avons fait le choix de ne pas l’acheter car elle mettait la viabilité de notre projet en danger. Si les autres candidats l’achètent, ils mettent aussi leur exploitation en danger. Pour tous les paysans, une maison à 240 000 euros, c’est un problème.
Qu’allez-vous faire maintenant ?
D’abord, nous allons aller nourrir les brebis qui n’ont pas eu à manger depuis ce matin (rires). Plus sérieusement, nous n’envisageons pas de partir ni aujourd’hui ni demain. Nous allons occuper légalement la maison et illégalement les terres.
Un des arguments évoqués est que les autres
candidats sont en situation précaire. Qu’en pensez-vous ?
Ça n’excuse rien. Ce n’est pas parce eux sont en situation d’expulsion que l’on doit nous expulser. Leur précarité est relative. Ils ne sont pas encore expulsés. Et puis, après quatre ans de fermage, ils doivent sans doute avoir des droits. De toute façon, quand on a 500 000 euros à mettre dans un projet, je ne sais pas si on peut parler de précarité.
Pensez-vous être au centre d’un règlement de
comptes syndical ?
Oui, sans doute. Mais ce n’est pas une raison pour que ce soit nous qui en fassions les frais. En 2006, quand j’étais salarié de Kako, les deux autres candidats sont venus visiter la ferme mais n’ont pas été au bout de leur candidature. Je me suis donc porté candidat car il n’y avait personne de prêt à s’installer à Kako.
Quelle est l’issue possible aujourd’hui ?
Pour moi, il n’y en a qu’une : qu’on nous vende la partie agricole de la ferme et que la propriétaire vende la maison de son côté. C’est la seule issue. Nous n’imaginons pas autre chose que de nous installer là. C’est logique.
Propos recueillis par M.L.