L’année 2008 a été proclamée année internationale des langues par l’Assemblée générale des Nations Unies. C’est l’UNESCO qui a été chargée de coordonner les activités pendant l’année. M. Koïchiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO, estime qu’il faut "agir maintenant car le temps presse". "Agir en encourageant et en développant les politiques linguistiques qui permettront à chaque communauté linguistique d’utiliser sa langue principale, ou sa langue maternelle, aussi largement et aussi souvent que possible, y compris dans le domaine de l’éducation, tout en maîtrisant également une langue nationale ou régionale et une langue internationale. En outre, en encourageant les locuteurs de langues dominantes à maîtriser une autre langue nationale ou régionale et une ou deux langues internationales". "C’est seulement si le multilinguisme est accepté par tous que toutes les langues trouveront leur place dans notre monde globalisé" estime le directeur.
Vue depuis Bruxelles, la France est considérée comme "l’Etat membre qui détient le record d’Europe en ce qui concerne l’élimination de la diversité sur son propre territoire", alors qu’au mois de mai dernier elle avait notablement soutenu l’importance de la diversité linguistique au moment où a été émise l’idée de faire une année internationale des langues. Jean-Marc de La Sablière, ambassadeur permanent de la France à l’ONU avait alors déclaré à l’Assemblée générale : "Le premier instrument du génie d’un peuple est sa langue", citant ainsi Stendhal alors qu’il soumettait à l’Assemblée générale un projet de résolution sur le multilinguisme. "Le droit à l’utilisation de sa langue, à la capacité de communiquer et ainsi de comprendre et d’être compris, à la conservation d’un legs souvent datant de centaines ou milliers d’années, doit être au c¦ur de la mission des Nations Unies" avait-il insisté.
M. Koïchiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO, a publié un rapport énonçant clairement l’importance fondamentale de maintenir et de développer la diversité linguistique. "L’ONU est parfaitement consciente de l’importance cruciale des langues au vu d’un grand nombre de défis auxquels l’humanité devra faire face dans les prochaines décennies". "Les langues sont en effet essentielles pour l’identité des groupes et des individus, et pour leur coexistence pacifique. Elles constituent un facteur stratégique pour la progression vers un développement durable, et pour une articulation harmonieuse entre le global et le local. Elles revêtent une importance capitale pour atteindre les six objectifs de l’éducation pour tous ainsi que les objectifs du Millénaire pour le développement (OMD) sur lesquels les Nations Unies se sont accordées en 2000".
"Par ailleurs, la diversité culturelle est étroitement liée à la diversité linguistique, comme le rappellent la Déclaration universelle de l’UNESCO sur la diversité culturelle et son Plan d’action (2001), la Convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel (2003) et la Convention sur la protection et la promotion de la diversité des expressions culturelles (2005). Or, dans quelques générations, plus de 50% des 7 000 langues parlées dans le monde risquent d’avoir disparu. Moins d’un quart d’entre elles sont aujourd’hui utilisées à l’école et dans le cyberespace, et pour la plupart seulement sporadiquement. Des milliers de langues bien que parfaitement maîtrisées par les populations dont elles sont le moyen quotidien d’expression sont absentes des systèmes éducatifs, des médias, de l’édition et du domaine public en général" souligne-t-il.
L’UNESCO invite donc les gouvernements, les organismes des Nations Unies, les organisations de la société civile, les institutions éducatives, les associations professionnelles et toutes les autres parties prenantes à multiplier leurs activités propres en faveur du respect, de la promotion et de la protection de toutes les langues, particulièrement les langues en danger, dans toutes les situations de la vie individuelle et collective.
"Que ce soit par des initiatives dans le domaine de l’éducation, du cyberespace, de l’environnement lettré ; que ce soit par des projets portant sur la sauvegarde des langues en danger ou sur la promotion des langues comme outil d’intégration sociale ; que ce soit pour explorer le lien entre langues et économie, entre langues et savoirs autochtones ou entre langues et création, il est important de promouvoir partout l’idée que "les langues, ça compte!".
La date du 21 février 2008, neuvième édition de la Journée internationale de la langue maternelle, revêtira dans ce contexte une importance toute particulière, et constituera une échéance propice au lancement d’initiatives pour la promotion des langues. "Notre objectif commun est de faire reconnaître, au niveau national, régional et international, l’importance de la diversité linguistique et du multilinguisme dans les systèmes éducatifs, administratifs et juridiques, dans les expressions culturelles ainsi que dans les médias, le cyberespace et les échanges commerciaux.
Une nouvelle gifle à l’euskara
L’Observatoire de la langue basque Behatokia dénonce "une nouvelle gifle de la France à l’adresse de la langue basque et des autres langues minorisées", par le refus de modifier la Constitution afin que les langues soient reconnues. Paul Bilbao directeur de l’observatoire rappelle qu’à l’instar du vote intervenu en 2005, une nouvelle fois les autorités gouvernementales ont estimé que ce n’était pas le moment opportun pour cette reconnaissance. "Quand est-ce que ce sera le bon moment pour que la France reconnaisse sa réalité linguistique et que l’on évoque l’égalité entre tous les citoyens ?" Behatokia souligne tout de même que l’Assemblée nationale se rend compte aujourd’hui qu’il "faudra trouver une solution juridico-administrative, et qu’il n’est plus possible de reporter le débat".
Le parti Batasuna pour sa part, estime que les langues ne sont pas du folklore. "Elles constituent une part importante de notre histoire, de notre culture, de notre patrimoine l'un des plus riches d'Europe. Après des années de reniement, de mépris, beaucoup de citoyens demandent à l'État de prendre en compte leur culture linguistique. Nous devons donner aux langues les moyens de vivre. Quand une langue meurt, c'est une partie de notre peuple qui meurt, mais aussi un pan de la culture universelle" estiment-ils.
"Si cette reconnaissance nécessite une révision préalable de la Constitution, il faut qu’elle soit révisée. En fait, ils l’ont déjà fait en 1992 quand M. Lamassoure et M. Toubon ont amendé l’article 2 pour protéger la langue française de la soi-disant menace de l’anglais. D’ailleurs cet article, qui consacre la suprématie de la langue française, représente aujourd’hui le plus sérieux obstacle à l’officialisation de l’euskara et des autres langues de l’Hexagone" estiment-ils.
Batasuna rappelle que le 25 septembre 2007, Nicolas Sarkozy, dans son allocution devant l’Assemblée générale de l’ONU déclarait : "Il n’y aura pas de paix dans le monde sans le respect de la diversité, sans le respect des identités nationales, sans le respect, j’ose le mot, des religions et des croyances, sans le respect des cultures. L’attachement à sa foi, à son identité, à sa langue, à sa culture, à une façon de vivre, de penser, de croire, c’est légitime et c’est profondément humain. Le nier, c’est nourrir l’humiliation".