Alors que la semaine dernière le témoignage de tortures fait par Igor Portu avait soulevé un tollé en Espagne, celui de Mattin Sarasola diffusé hier par la presse comporte lui aussi des éléments pour inquiéter les responsables de la Garde Civile. Car, comme le juge Fernando Grande-Marlaska l’avait reconnu après avoir entendu les deux membres présumés de l’ETA, les deux témoignages coïncident complètement et démontent la version officielle selon laquelle les blessures des deux Lesakar relèveraient d’une interpellation musclée.
Les deux membres présumés de l’ETA, qui ont été mis en isolement depuis leur arrestation, ont nié le fait qu’ils aient été interpellés lors d’un contrôle de la Garde Civile, contrairement à ce que le ministère espagnol affirmait. Aucun d’entre eux ne parle de résistance, mais d’un "paseo" à travers la forêt où ils ont été torturés physiquement et psychologiquement. Comme l’avait rapporté Igor Portu, qui avait dû être hospitalisé d’urgence avec plusieurs blessures dont une côte fracturée et un poumon perforé, Mattin Sarasola a affirmé avoir été l’objet d’un simulacre d’exécution. Tous deux ont également déclaré au juge avoir subi des tortures par immersion dans une rivière.
Le cas Zabaltza
Selon le récit de Mattin Sarasola diffusé dans la presse par l’association contre la torture TAT, les gardes civils l’ont menacé d’encourir le même destin que Mikel Zabaltza. Le corps du jeune originaire d’Orbaitzeta (Navarre) avait été découvert en 1985 dans les eaux de la Bidassoa après des journées d’isolement à la caserne de la Garde Civile d’Intxaurrondo (Donostia-Saint-Sébastien).
Selon les deux témoignages, la Garde Civile les a passés à tabac sur place pendant 20 minutes pour les transférer par la suite à Intxaurrondo, où les mauvais traitements et les menaces se sont poursuivis.
Alors que dans le cas d’Igor Portu, hospitalisé 15h après son arrestation, les tortures se sont terminées là, Mattin Sarasola a subi cinq jours d’isolement à Madrid. "J’ai complètement perdu la chronologie des faits", admet-il dans son récit diffusé par le TAT.Il se rappelle cependant avoir perdu conscience à deux reprises après l’application de la "bolsa", c’est-à-dire, l’étouffement provoqué par un sac plastique mis sur la tête.
Mattin Sarasola a rapporté au juge Fernando Grande-Marlaska avoir été forcé de signer trois déclarations imposées par les gardes civils sous la menace de torturer son frère.
La semaine dernière, pour mitiger l’effet négatif provoqué par l’hospitalisation d’Igor Portu, le ministre espagnol de l’Intérieur avait annoncé que Mattin Sarasola avait avoué être l’un des responsables de l’attentat de Barajas de 30 décembre 2006.Le juge Santiago Pedraz interrogera mardi prochain les deux membres présumés de l’ETA pour leur relation présumée avec cette action qui avait pulvérisé le terminal 4 de l’aéroport de Madrid.