Sur les 5 élus de la gauche plurielle au Conseil Municipal de Bayonne, 3 ont changé de camp et deux au moins vont donc rejoindre le maire sarkozyste Jean Grenet. On comprend mieux le manque fréquent de pugnacité de ce groupe... Tractations de couloirs et négociations secrètes allaient sans doute bon train depuis longtemps déjà et il fallait donner des gages de bonne volonté.L’opposition résolue à la dynastie Grenet est du côté des abertzale progressistes de Baiona Berria dont les élu-e-s n’ont cessé de dénoncer la politique menée par la droite à la Mairie de Bayonne. Pendant ce temps, les représentants d’une gauche décrépite négociaient leur passage dans le camp adverse. Car leur grenettisme de fraîche date n’est pas un soutien idéologique désintéressé ; il a fallu leur réserver des places... quitte à pousser vers l’électorat de la liste "Photoshop - Yves Ugalde" quelques frustrés supplémentaires!
On reconnaîtra volontiers les capacités man¦uvrières d’un maire qui réussit à attirer des personnalités écologistes, socialistes ou abertzale pour un coût politique minimum. Quelques vélos orange, une convention linguistique de dernière minute, des déclarations qui ne mangent pas de pain sur les bonnes volontés... Grenet ne risque pas de se mettre en délicatesse avec l’UMP ! [...] Si par malheur il était réélu, les élus de Baiona Berria continueront à s’opposer à ses foucades, tandis que les ex-Verts regarderont leurs chaussures...
La confirmation du ralliement de Martine Bisauta et de Bernard Causse à Grenet pour les municipales de mars 2008 a été un petit coup de tonnerre dans le ciel bayonnais. Passé les premières réactions émotionnelles et laissant de côté les procès en trahison, il faut réfléchir et analyser les ressorts politiques de cet événement qui, s’il ne changera pas la face du monde, ni même celle de Bayonne, n’en reste pas moins emblématique.
Emblématique d’une époque à laquelle Sarkozy imprime sa marque. Le débauchage de personnalités de la gauche française et leur ralliement au gouvernement ont rompu de nombreuses digues et renforcé l’idée qu’en politique rien ne doit plus nous étonner. Loin de faire bouger les lignes c’est à leur brouillage total qu’on assiste. Tout semble se valoir. Et une chose devenir son contraire. Se rallier aux puissants plutôt que les combattre devient un acte de courage. Abandonner son camp pour rejoindre celui d’en face passe pour de la haute tactique politique. Les dégâts sont terribles en termes de crédibilité du combat et de l’engagement politique. Il n’existerait grosso modo qu’un seul monde possible, celui existant aujourd’hui et la politique n’agirait qu’à la marge, dans les détails, les ajustements. Et c’est l’espoir, l’idée même d’une possible alternative qui prend une méchante claque.
Emblématique aussi d’une position politique récurrente, maintes fois tentée, éprouvée et dont les effets ont été largement prouvés en différents endroits et à différentes époques : "on ne peut agir efficacement que dans la majorité." Cette affirmation un peu tautologique (ceux qui sont au pouvoir ont évidemment un certain pouvoir...) sous-entend que l’opposition est impuissante, que la minorité est réduite au silence, que le pouvoir des mouvements sociaux et de la société civile est inexistant. Point de vue pourtant largement démenti au Pays Basque où le changement des mentalités comme de la réalité vient plus souvent des initiatives sociales que du champ politique. Bref, rien d’autre qu’une vision au fond très conservatrice : faire de la politique c’est être "aux affaires". Tout le reste n’est que du folklore.
Derrière son pragmatisme bon teint c’est une position de renoncement qui masque une question plus fondamentale, autant morale que politique : "peut-on agir dans n’importe quelle majorité ?" Question qui en appelle d’autres. Peut-on découper l’action politique en rondelles ? Faire fi de la logique d’un projet d’ensemble, de la continuité d’une politique, de textes et délibérations déjà actées qui vont l’encadrer pour plusieurs années, en espérant sur un dossier faire avancer une politique contraire ? Peut-on n’assumer que ses propres responsabilités en laissant de côté ceux de l’équipe au pouvoir ? Peut-on espérer capitaliser pour soi-même le travail effectué au sein d’une équipe et au service de son chef de file omniprésent ? Peut-on transformer un notable autocrate en autre chose ? [...]
Après deux mandatures dans l’opposition à sa gestion, le ralliement de personnalités fortement marquées politiquement (syndicaliste, écologiste, féministe) est pour Grenet un bol d’oxygène. Idées, savoir-faire et compétences nouvelles pour l’aider à se maintenir en place. Changements cosmétiques pour ne rien changer de fondamental. La dynastie Grenet est usée. Le ralliement de M. Bisauta et de B. Causse est une aubaine en terme d’image plus qu’en terme de voix. Elle permet de redorer un blason plus que défraîchi.
Bayonne a toujours besoin d’une véritable alternative et en attendant d’une opposition forte et organisée. Bayonne a besoin de ruptures, de nouvelles orientations en tant que capitale du Pays Basque Nord, pour être au service de l’amélioration des conditions de vie des classes populaires qui y sont majoritaires et surtout pour inventer entre tou-te-s une autre façon citoyenne de réfléchir aux problèmes quotidiens, de débattre des solutions et de prendre les décisions qui engagent l’avenir de tou-te-s.