La jeune fille et la mort, une musique de chambre comme métaphore vénérienne
·Le Quatuor Arnaga interprétera ce dimanche deux ¦uvres sombres de Franz Schubert au théâtre de Bayonne
La médiathèque de Biarritz propose une conférence à caractère historique aujourd’hui à 15h à l'occasion de la sortie du livre de Mixel Esteban Regards sur la Seconde Guerre mondiale au Pays Basque.Un regard singulier et historique, né d’une photo sur la commode d’une amatxi, qui a aiguisé la curiosité de l’auteur jusqu’à mettre en lumière l'Occupation, l'engagement dans la Résistance et divers épisodes tragiques comme le démantèlement de réseaux de passage, la tentative de débarquement allié à Anglet, les évadés de France, les rafles et persécutions à l’encontre des Juifs, le bombardement de Biarritz. La conférence de l’auteur sera agrémentée d’un diaporama.
Compositeur extrêmement prolifique, Franz Schubert aura légué plus de 1000 ¦uvres avant d’être emporté, dans sa trente et unième année, par la maladie. Une mort prématurée qui aura eu le temps de le hanter dès 1822, lorsque, bouffé par la syphilis, il écrit une musique de plus en plus profonde et émouvante, sur le fil de la souffrance et d’une mort aux aguets. C’est dans ces conditions qu’il compose La jeune fille et la mort, Quatuor à cordes numéro 14 dans la sombre tonalité d’un ré mineur.Une ¦uvre qui sera interprétée par le Quatuor Arnaga ce dimanche au théâtre de Bayonne avec le Quartettsatz, quatuor à cordes en do mineur.
Si La jeune fille et la mort pourrait évoquer sa maladie d’amour, idéalement interprétée par un orchestre de musique de chambre, il n’en reste qu’une métaphore vénérienne.Ce célèbre quatuor doit avant tout son nom à son deuxième mouvement, un andante à variations qui emprunte au lied La Jeune Fille et la Mort le thème qui servira de base à ses cinq variations. Dans ce lied composé par Schubert en 1817 sur un poème de Mathias Claudius, une jeune fille mourante supplie la mort qui s’approche de l’épargner. En dehors de cette citation, le quatuor fournit une autre référence au thème de la mort et à l’influence de l’univers du lied sur le domaine instrumental : il se voit ponctuellement traversé par le souvenir du Roi des Aulnes, autre ballade funèbre écrite par Schubert d’après Goethe.Achevé en mars 1824 et exécuté à Vienne le 1er février 1826, le Quatuor n°14 en ré mineur est le plus sombre et le plus dramatique de tous les quatuors schubertiens. Ecrit dans cette tonalité funèbre, il est entièrement placé sous le signe de la mort. Le signe déjà d’une curieuse renaissance.Car si la maladie affecte profondément Schubert, ses dernières années sont marquées par une profusion de chefs-d’¦uvre, sonates pour piano, derniers quatuors, pages religieuses et symphoniques, souvent déchirantes. Et c’est après sa mort, en 1828, que son ¦uvre sera reconnue et comparée à celui pour lequel il éprouvait une admiration sans bornes et auprès duquel il repose, au cimetière central de Vienne, un certain Beethoven.
Les deux compositeurs se retrouveront d’ailleurs dans leur époque et leurs compositions pour quatuors à cordes.Au début du XIXe siècle, cette pratique est fort répandue à Vienne. Considéré comme une distraction ouverte tout particulièrement aux musiciens amateurs, ce genre musical séduit tant les cercles aristocratiques fréquentés par Beethoven que les milieux de la bourgeoisie et de la bohème étudiante côtoyés par Schubert. C’est d’ailleurs pour les séances familiales de quatuor à cordes au cours desquelles il tenait la partie d’alto que Schubert composa ses onze premières ¦uvres en ce domaine. Ecrits entre 1811 et 1816, ces quatuors de jeunesse sont généralement considérés comme des ¦uvres d’apprentissage. Jusqu’à ce Quartettsatz qui ouvre la voie au grand style schubertien. Entrepris en 1820, année sombre au cours de laquelle aucune ¦uvre ne devait être menée à terme, ce morceau est un mouvement isolé de quatuor resté inachevé.
Autant dire que ce dimanche sera d’une sombre mélancolie au théâtre de Bayonne, porté par les violons d’Aurélia Lambert et d’Arnaud Aguergaray, l’alto d’Olivier Seube et le violoncelle d’Emmanuelle Bouillier. D’autant plus si la place du théâtre se remplit, comme chaque jour, d’une manifestation de soutien pour un "Txetx" embastillé.
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