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Le JPB > L'opinion > Un coup d'oeil sur 2008-02-26
25-02-08 / Par Eric DUPIN, journaliste
Président casse-toi

Nicolas Sarkozy est assurément moins fou que nous le susurrent les plus acharnés de ses détracteurs. Tout au plus souffre-t-il d’une "maladie de l’ego" diagnostiquée sans fard par la presse internationale. Si ce mal est loin de lui être propre dans la classe politique, en France comme ailleurs, le quotidien espagnol El Pais juge néanmoins cette "hypertrophie probablement incurable".

Une chose est certaine : le président de la République réagit fort mal à son brutal changement de statut dans l’opinion. L’ancien candidat charismatique est devenu un chef d’Etat lourdement impopulaire. Loin d’un quelconque calcul populiste, le désormais célèbre "casse-toi, pauvre con" exprime la vérité profonde de son présent désarroi. "Sarko" congédie sans ménagement l’électeur mécontent et acariâtre que les sondeurs rencontrent de plus en plus fréquemment. Une forme de déni de réalité sur fond de caractère que la fonction présidentielle se révèle décidément incapable de dompter.

Face à l’adversité, le chef de l’Etat peut réagir de deux manières : changer de politique ou de pratique. Contrairement à beaucoup d’observateurs, je demeure persuadé que les Français sont d’abord déçus par son action sur le fond. Le différentiel de popularité inédit dont bénéficie le Premier ministre fait souvent l’objet d’un contresens. On croit que les électeurs approuvent l’action gouvernementale mais rejettent le style du président. Mais l’interprétation inverse peut être soutenue. Les Français savent parfaitement que c’est le chef de l’Etat qui décide personnellement de la politique menée. C’est très logiquement qu’ils lui reprochent son manque de résultats. François Fillon en est tenu pour moins responsable. Et l’indulgence manifestée à son endroit tient, pour beaucoup, à la sobriété de son comportement public qui contraste avec l’attitude de son supérieur hiérarchique.

Car il est clair que l’incessante agitation sarkozienne a rendu encore plus contestable une politique qui n’a pas concrétisé les espoirs soulevés en 2007. A défaut de changer de politique ­ ce qui n’est pas une mince affaire ­ ou en attendant qu’elle porte ses fruits ­ ce qui est la thèse officielle ­ il conviendrait alors que le président change de pratique.

Pour l’heure, il n’en prend guère le chemin. Comme on pouvait le craindre, Sarkozy choisit la fuite en avant. Prisonnier de ses vieilles ficelles, il tente de réactiver la démagogie sécuritaire. Etienne Mougeotte s’en réjouit dans un éditorial bizarrement intitulé "Que les assassins commencent". Le directeur du Figaro se moque que le chef de l’Etat, chargé de veiller au respect des institutions, ose demander au premier président de la Cour de cassation les moyens de contourner une décision du Conseil constitutionnel. Cette manière d’agir témoigne d’un dangereux syndrome de toute-puissance que j’avais eu l’honneur d’analyser dans les colonnes de ce quotidien alors même que Sarkozy était encore adoubé par l’opinionŠ

Le président gagnerait à être plus attentif à la prose d’Edouard Balladur qu’à celle d’Etienne Mougeotte. Dans le style feutré qui lui est propre, l’ancien mentor de Sarkozy vient de sommer son ancien protégé de changer de "méthode", de "rythme", de remettre dans l’ordre dans le gouvernement comme à l’Elysée, ou encore de se plier enfin aux règles de la "sobriété" et de la "concertation". Bref, de changer du tout au tout sa manière d’agir. L’hôte actuel de l’Elysée serait sans doute mal inspiré de lui rétorquer, même avec la plus onctueuse des amabilités : "Ayez l’obligeance de vous écarter de mon champ de vision, triste Sire déchu que vous êtes".


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