Le Conseil Général des Pyrénées Orientales reconnaît le catalan
·Le Conseil Général des Pyrénées Orientales a voté une Charte reconnaissant le catalan dans ses institutions
Depuis le XVIIe siècle le catalan était en quête de reconnaissance. Autant dire qu’il est inexistant pour l’Etat français. Il aura fallu arriver au XXIe siècle pour que le Conseil Général de Catalogne nord déclare cette langue officielle dans ses institutions. La Charte en faveur du Catalan a été adoptée le 10 décembre dernier.
Cette initiative est très positive, selon Joan-Lluis Lluis, responsable de la diffusion de la langue catalane à la délégation de la Generalitat (gouvernement autonome de Catalogne sud). "Symboliquement c’est très positif, d’une part, parce qu’elle témoigne d’une prise de conscience de l’identité catalane et d’un avenir tourné vers le sud, d’autre part, elle augure plus de moyens matériels".
Néanmoins, la Charte n’a aucune valeur juridique, "ce n’est qu’une annonce d’intention", précise Lluis. Il est vrai que l’article 2 de la Constitution française ne laisse pas de marge d’action dans ce domaine, puisqu’elle ne reconnaît qu’une seule langue. Au Conseil Général, on rétorque que ce texte pérennise les actions que mène déjà cette institution.
A travers cette Charte, la collectivité territoriale "s’engage à être acteur de la pérennisation de la langue et de la culture catalanes". Chargé du développement de la langue et de la culture dans cette institution, Jeroni Parrilla pense que le budget destiné au catalan, qui est à l’étude, sera augmenté.
Ce qui est sûr, c’est que les mesures annoncées dans la Charte ont besoin de moyens. La "charte définit les fondements d’une politique linguistique et de reconnaissance de la langue catalane" selon son préambule. Survie, transmission et utilisation de la langue sont les premiers objectifs du texte. Assurer sa présence dans les divers secteurs de la vie publique et sociale du département et contribuer à l’intégration des nouveaux arrivants sont les suivants.
L’enseignement est la priorité de cette politique linguistique. Dans ce sens, le Conseil Général s’engage à aider l’ouverture de classes bilingues, à généraliser la sensibilisation des enfants et à soutenir la formation des adultes. Cependant, "la langue ne se limite pas à une discipline scolaire" d’après le texte, et doit se développer à tous les niveaux de la vie publique et sociale, y compris dans les services du Conseil Général. Ce dernier considère que les médias contribuent à l’utilisation de la langue et que sa présence devra y être permanente.
Le préambule de la Charte souligne que la survie de la langue catalane est bien "un enjeu culturel, économique, politique et humain d’importance". Joan-Lluis Lluis reconnaît une évolution dans les mentalités des responsables politiques catalans : "Ils ne voient plus le catalan comme un danger, et sa banalisation est porteuse de bonnes choses". Toutefois, les promoteurs de la Charte marchent sur des ¦ufs. Ils rassurent donc à plusieurs reprises les défenseurs de la République française, leur expliquant "que la promotion de la langue catalane ne se fait pas au détriment de la langue française" et que "l’unité nationale ne se voit pas menacée". Les précautions s’imposent d’après Lluis.
"Est-ce que quelque chose peut faire bouger la France ?!" s’exclame le responsable de la Generalitat, lorsqu’on lui demande si l’initiative du Conseil Général aura un effet sur l’Etat. "En plus, en Catalogne nord nous n’avons pas de grande expérience dans les mouvements de pression ; dans d’autres régions où la pression est plus grande, comme en Corse, ils obtiennent plus de moyens. Jeroni Parrilla, lui, voit d’un bon ¦il la motion votée au Parlement espagnol demandant à l’Etat français la ratification de la Charte Européenne de langues minoritaires.
Les Catalans emboîtent le pas aux Bretons
Les Catalans du nord se sont plutôt tournés vers la Bretagne que vers leurs frères du sud, chez qui la connaissance de cette langue est indispensable dans la vie quotidienne. L’initiative du Conseil Régional de Bretagne les a attirés davantage. En décembre 2004, le breton et le gallo y devenaient "langues de la Bretagne".
"C’est une décision historique. Merci au nom de ceux qui ont vécu dans la honte de parler breton ou gallo, et qui sont aujourd’hui réhabilités", déclarait la conseillère régionale UDB (Union Démocratique Bretonne), lors de la présentation publique du texte. Mais les conseillers bretons ne se contentaient pas de cela. Ils demandaient à l’Etat français de ratifier la Charte Européenne des Langues Régionales. Car "le breton est classé par l’Unesco comme langue en danger sérieux d’extinction".
En réalité, la situation est contrastée. Si la connaissance et la pratique de la langue sont en déclin, ‹300 000 locuteurs, dont 64% de plus de 60 ans‹ , le nombre d’enfants en filières bilingues est en progression de 10% par an. Mais cela ne suffit pas, bien sûr.
C’est pourquoi le Conseil Régional breton s’est retroussé les manches. Le texte voté à l’unanimité en 2004 définit trois principaux axes de travail : l’enseignement, la vie sociale et les médias.
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