Blas de Beaumont et Valentin Ciaurriz représentent la Maison Royale de Navarre en exil. En ce moment, ils rendent compte à la communauté internationale de la lecture qu’ils font des négociations entreprises par l’Etat espagnol et l’organisation armée ETA. Frustrations et regrets se mêlent à leurs convictions. La conviction que la légitimité de l’héritier de la couronne de Navarre va ramener le droit à l’autodétermination au peuple basque.
Pouvez-vous me présenter la Maison Royale de Navarre ?
Valentin Ciaurriz : Il faut pour cela rappeler que le Royaume de Navarre a été conquis par la Castille en 1512. Il s’agit d’une invasion militaire sans déclaration préalable de guerre, suivie d’une conquête, d’un génocide et d’une colonisation. Dès lors, la Maison Royale en exil s’est rabattue à Pau.Blas de Beaumont : Jusqu’au moment où le roi de France Louis XIII se rend à Pau, en 1619. Le roi déclarant au président du Parlement de Navarre qu’il n’a aucun pouvoir dans le territoire français, il le tue. A partir de là, Louis XIII s’empare de la Navarre nord-pyrénéenne (Labourd, Basse-Navarre et Soule).
Le tribunal de La Haye reconnaît que les droits historiques sont irrévocables. Ceux de la Maison Royale de Navarre le sont également, parce qu’il s’agit d’une terre occupée militairement, de laquelle le roi a été expulsé.
Aujourd’hui, qui pourrait aspirer à la couronne de Navarre ?
B.d.B : Le successeur légitime et direct des Rois de Navarre est Pierre Motte-Messemé, qui se fait appeler Piarres II. En tant qu’héritier de la couronne, ses droits sont irrévocables.
Les droits historiques sont également relayés par certains partis politiques et certains EtatsŠ
B.d.B : Effectivement, mais à Madrid, et s’agissant de la question basque, l’utilisation des droits historiques est illégale. Personne ne peut les utiliser parce que le Tribunal de la Haye dit que ces droits émanent d’une couronne et non d’un groupe politique, comme le prêtant l’Etat espagnol. De quels droits parle-t-il, de ceux de la Navarre? Impossible. Ils proviennent de la couronne de Navarre. La Constitution espagnole permet aux partis respectueux de la loi des Partis de s’approprier de ces droits.
Est-ce que la Maison Royale mène un travail avec les partis ?
B.d.B : Absolument pas. La couronne ne peut pas s’immiscer dans le jeu des partis. Nous ne pouvons pas favoriser un parti ou un autre. Au Pays Basque nous sommes tous Navarrais, et la couronne a comme seule obligation de protéger les droits du peuple.V.C. : On part du principe que le Roi est élu par le peuple en Navarre. A son retour, le Parlement basque devrait exercer son pouvoir et ce serait cette institution qui déciderait du mode de gouvernement. Certainement un système républicain.
B.d.B. : La Maison Royale a l’obligation de restituer le parlement basque et d’expulser les forces d’occupation.
Parler de Roi et de monarchie, toute
parlementaire qu’elle soit, paraît être un concept éloigné des milieux
indépendantistes, qui sont traditionnellement républicains...
V.C. : Lorsque les personnes qui se disent de gauche ou abertzale socialistes entendent parler de Maison Royale ou de titres de noblesse, elles pensent que c’est une imposition. Mais se serait le parlement de Navarre qui devrait décider et protéger les droits du peuple basque.
Que signifie la Navarre pour vous aujourd’hui ?
V.C. : La Navarre est la communauté qui a toujours voulu se défendre. Une communauté historique, dans laquelle le basque a développé sa vie, avec sa culture, sa langue et ses coutumes. Géographiquement, nous réclamons le territoire occupé par les Etats.Qui devraient être les interlocuteurs des Etats
au Pays Basque, selon vous ?
B.d.B. : Dans les dernières négociations entre l’Etat espagnol et l’ETA, je m’étais proposé pour être au centre des pourparlers, parce que j’ai la légitimité pour réclamer la souveraineté du Royaume de Navarre. On nous avait alors communiqué le dossier des négociations : c’était aberrant et indignant. L’organisation basque quitta la table des négociations parce que c’était sans issue. Les discussions ne partaient pas du fait que les deux communautés autonomes actuelles font partie du même territoire. Comment peuvent-ils dire que la souveraineté se réalisera avec les partis reconnus par la Constitution espagnole, alors que celle-ci défend l’unité du territoire espagnol ? C’est un piège tendu à l’organisation basque.
V.C. : Afin de régler cette affaire, la Maison Royale de Navarre exige la présence d’observateurs internationaux de l’ONU.
Et quel serait votre rôle, alors ?
V.C. : Autour de la table devrait être représentée toute la classe politique. La Maison Royale devrait alors assurer qu’il y ait des discussions entre tous ces partis, les acteurs sociaux et culturels. Notre institution ne serait qu’une simple coordinatrice de ces discussions. Et ce, avant 2010, car l’ONU s’est fixé cette date pour mettre fin à la colonisation dans le monde.
Mais pour cela, il faut que l’ONU reconnaisse que le Pays Basque est une colonieŠ
V.C. : L’ONU est la première à être au courant. Elle a vu toute notre documentation, nos allégations. On les a remis au Comité de Décolonisation en 2006. La documentation se trouve aujourd’hui à l’Unric, l’établissement onusien qui se trouve en Europe.
La Maison Royale ne travaille donc que dans la voie du droit international ?
B.d.B. : C’est bien cela ; la voie juridique.
Que pensez-vous faire vis-à-vis de l’Etat français ?
B.d.B : Tous les chefs d’Etat et les parlements d’Europe sont au courant de notre requête, le français aussi. Mais la France continue dans la stratégie entreprise par Louis XIII, c’est-à-dire, le refus de la reconnaissance de la Navarre.