La fièvre des élections apaisée, essayons de réfléchir à tête reposée. Je dois d’abord tirer mon béret aux socialistes de Biarritz : leur tête de liste était un noir ! Il fallait le faire, et à Biarritz ! C’est autre chose que du baratin. Il y avait deux noires chez les socialistes de Bayonne et une fille de MarocaineŠ représentante d’EA. Ce n’est pas la première fois que l’on voit un nom à consonance nord-africaine sur une liste abertzale. Cela a dû échapper au club Lissagaray.
Je suis très très étonné que l’on ait parlé de la progression des abertzale mais que personne n’ait souligné celle des bascophones. Il n’y avait pas eu de maire capable de parler en basque devant un micro depuis un demi-siècle à Hendaia et Maule, une quarantaine d’années à Hazparne et Lehuntza, une trentaine à Beskoitz, pour ne citer que les communes les plus importantes. Ce que cherchent les abertzale n’est-il pas d’abord un pays Basque ?
Pour ce qui est de ces derniers, ils n’ont pas progressé de 3,75% comme nous l’avons lu, mais de 3,75 points et de 40,1% ce qui n’est pas la même chose. Ces journalistes auraient-ils appris le français dans quelque Gau Eskola? Même ces chiffres ne sont pas exacts car ils excluent Alain Iriart qui était un abertzale déclaré et qui a sans doute réuni sur son canton plus de voix abertzale que le candidat d’EH BAI. Je ferai remarquer qu’il y a six ans, personne n’a rayé Jean Mixel Galant du rang des abertzale parce qu’il avait, au grand dam de Lambert, le soutien de Jaki Etxandi. Les abertzale ont donc progressé de largement plus de 40%, villes comprises, ce qui est tout simplement extraordinaire.
J’en viens à mon titre. Il est faux de comparer Nafarroa Bai eta Euskal Herria Bai. La première coalition compte EA, EAJ et Aralar à l’exclusion de Batasuna pour cause de non-condamnation de la lutte armée. EAJ n’est pas entré ici dans EH BAI parce que celui-ci ne condamne pas les assassinats, ce qui permet à Batasuna d’en faire partie. La différence est de taille et il est curieux que cela ne soit pas souligné. Et l’on se plaint que l’ETA n’ait pas été plus discrète dans la campagne !
Mais non, chers amis, les armées révolutionnaires n’ont jamais obéi à des partis démocratiques. Elles les utilisent. ETA vous utilise. Il semble que certains acceptent de jouer ce jeu-là. Sans compter, et ce n’est pas un point secondaire, que cela aurait donné un visage bien plus acceptable des abertzale devant l’opinion publique. Quand comprendra-t-on que c’est le problème de la lutte armée qui braque l’opinion publique contre nous ?
Comparer Nafarroa Bai avec EH BAI c’est coller une étiquette "Pomerol" sur une bouteille de vinaigre pour en faire un VDQS.
Question efficacité ? N’est-ce pas à cause de la non-condamnation de la lutte armée que la mairie d’Ustaritz a échappé à l’abertzale Battitt Ameztoi ? Il aurait été un bascophone de plus. On a protesté contre la prise de position du PS et du PC. Pensait-on sérieusement qu’il n’y aurait pas de réaction de ce côté après qu’ETA a bien voulu rappeler son existence par l’assassinat d’un ancien élu socialiste d’Arrasate, quelques heures avant les élections? Assassinat non condamné une fois de plus par Batasuna, ni là-bas, ni ici.
Que certains militants locaux du PC et du PS n’aient pas suivi leurs directions ne change rien au problème de fond. La question est de savoir si après cette condamnation par EH BAI, Ameztoi aurait eu la majorité. Pour ma part je n’en ai aucun doute. Les voix socialistes et communistes qui lui ont manqué (sans compter celles d’EAJ), auraient largement dépassé celles de Batasuna qui auraient fait le choix de l’abstention.
Il en est de même dans le cas d’Urrugne.
La vie d’un homme a plus de poids aux yeux de la grande majorité des gens que la rectification de tel virage plutôt que de tel autre ou tout autre choix qui oppose les différentes candidatures.
Enfin, la progression d’EAJ est à souligner. Dans les deux cantons où il s’est présenté, ce parti a progressé de 66%, bien plus que EH BAI qui gagne 44% sur ces mêmes cantons. Un EH BAI construit avec EAJ sans Batasuna aurait sans aucun doute été plus bénéfique que l’alliance actuelle.
Nous en avons confirmation en Corse où après rupture avec la tendance lutte armée, le nationaliste Angelini a fait 44,5% en face de Rocca Serra lui-même, le député UMP, président de l’Assemblée corse.