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Le JPB > Sujet à la une 2008-04-22
L´Assemblée nationale va débattre sur les langues minoritaires
·La plateforme va demander un cadre juridique pour les langues minorisées lors du débat parlementaire du 7 mai

Il y a des vérités qui sont irréfutables. Par exemple, la vérité juridique de l’Etat français, où "la langue de la République est le français" (article 2 de la Constitution de la Ve République), ignore l’existence des langues minorisées, euskara bien sûr, mais aussi créole, occitan, corse, catalan, breton..., si ce n’est politiquement, du moins juridiquement. La situation ne date pas d’hier, et force est de constater que la vérité juridique, constitutionnelle même, de l’Etat français a conduit lesdites langues minorisées à une situation critique. Car, il y a ici aussi une vérité que l’on ne peut nier : le patrimoine linguistique de la République est en situation délicate.

Devant un tel constat, les défenseurs des langues minorisées n’entendent pas rester les bras croisés, et la résistance s’organise. Ainsi, pour la première fois les associations bretonnes, basques, créoles, occitanes, alsaciennes, catalanes et corses ont créé une plateforme.Et cette nouvelle plateforme a établi un texte commun, regroupant les revendications que les défenseurs de ces langues vont porter à Paris. En effet, pour la première fois ici aussi, un débat parlementaire aura lieu à l’Assemblée Nationale à Paris, le sept mai, sur la question de la Charte européenne des langues régionales, et sur le cadre juridique à établir autour des langues minorisées.

Besoin d’une protection juridique

L’évolution peut sembler minime, elle n’en représente pas moins une avancée significative compte tenu de la conjoncture passée : "jusqu’à présent, la thématique autour des langues minorisées a été introduite par la fenêtre, lors des modifications de la Constitution. C’est la première fois que le sujet est inscrit à l’ordre du jour" souligne Jakes Bortayrou, membre d’AEK et d’Euskal Konfederazioa, la confédération regroupant les associations basques euskalzale, et qui est membre de la plateforme.

Le moment ne pouvait donc pas être mieux choisi par les défenseurs des langues minorisées, pour se réunir et établir un texte commun. Etant donné la diversité des situations selon les régions, le travail des associations a été de repérer les problématiques communes à toutes les parties, et de rédiger un texte regroupant les revendications communes aux diverses langues minorisées.

En effet, si certaines langues disposent d’outils publics, et de politiques linguistiques, d’autres n’ont même pas de signalétique bilingue. C’est pour cela que la première partie du texte revendique, dans une déclaration de principes, la nécessité d’accorder un statut légal reconnaissant et protégeant les langues. Ainsi, la plateforme rappelle que toutes les langues sont égales et de même valeur, qu’elles doivent disposer des mêmes possibilités de développement, et que les locuteurs de ces langues ont le droit d’être traités sur un pied d’égalité.

En se basant sur ces principes consacrés par le droit communautaire et international, la plateforme demande la création d’un dispositif juridique reconnaissant l’existence des langues, et organisant les politiques linguistiques nécessaires afin de permettre la normalisation de ces dernières, et leur libre utilisation par tout citoyen.

La deuxième partie du texte regroupe une série de propositions concernant les mesures à adopter par une politique linguistique pour assurer la normalisation des langues minorisées. Etant donné l’hétérogénéité des situations selon les régions, le texte a réuni les propositions les plus globales possibles.

Travail de Konfederazioa

Pour le Pays Basque, c’est Euskal Konfederazioa qui a présenté le texte commun élaboré, ainsi que la création de la plateforme commune.La confédération des associations euskalzale est membre de ladite plateforme, et, comme chaque membre le fera dans sa sphère géographique, Konfederazioa va s’atteler à porter le texte d’ici au 7 mai : "nous allons téléphoner aux députés basques (ndlr. M. Grenet, Poulou et Lassalle) pour qu’ils prennent connaissance du texte. Nous les encouragerons à participer au débat du 7 mai, et à défendre les langues dont la survie est si chère aux citoyens qu’ils représentent" précise Paxkal Indo, président de la fédération des ikastola Seaska, et membre par conséquent d’Euskal Konfederazioa.



Un courrier adressé au président Sarkozy
En parallèle au texte élaboré par les diverses associations, la nouvelle plateforme a adressé au président de la République française, Nicolas Sarkozy, un courrier. L’objet de la lettre est de porter à la connaissance de l’Elysée la création de la plateforme, et de rappeler au président Sarkozy les engagements tenus par le candidat Sarkozy il y a un an : "à l’époque, les Alsaciens avaient joint tous les candidats concernant la ratification de la Charte européenne des langues minorisées. M. Sarkozy s’était dit contraire à la ratification, mais avait par contre promis un débat sur le sujet ainsi qu’une loi encadrant les langues minorisées" rappelle Paxkal Indo.

Le courrier entend ainsi rappeler les engagements tenus par M. Sarkozy, rappelant les déclarations de ce dernier qui se targuait de ne pas être de ceux "qui promettent tout et n’importe quoi aux locuteurs des langues régionales".

Le courrier souligne la proposition d’un "cadre législatif" faite par la nouvelle plateforme, dont les langues "ont bien besoin" selon l’expression employée dans la lettre, et ne veut pas que le débat parlementaire du 7 mai "soit sans lendemain".


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