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Sébastien Gonzalez / Pilotari
" Irujo est un monstre, il a tous les coups de la pelote "
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Sébastien Gonzalez fait son entrée aujourd’hui dans le Manomanista 2008 face à Martinez de Irujo à l’Atano de Donostia. Le pilotari d’Ascain revient sur la particularité de cette compétition, sa saison, son terrible adversaire et ses chances pour la txapela 2008. (Dans l’autre quart de finale du week-end Barriola sera opposé à Patxi Ruiz demain à Eibar).
Pourquoi le Manomanista est si important pour un pilotari ?
C’est l’épreuve reine. Le manomanista, pour imager, t’es tout seul contre le monde entier. C’est la compétition la plus difficile, la plus exigeante et aux yeux des spectateurs, du moins au sud, c’est la plus belle. Si un pilotari veut avoir de la notoriété, le jour où il est champion tête à tête, il prend une tout autre dimension. Les Américains diraient qu’il rentre dans le "hall of fame".
En équipe, vous jouez devant. Est-ce une position qui vous avantage dans le tête-à-tête ?
Lorsqu’un avant doit jouer un mano à mano, l’inconvénient c’est qu’il est offensif, il veut toujours avancer. Dans le mano à mano, il faut plutôt reculer et garder le point, maintenir l’échange. C’est beaucoup plus physique. L’avantage d’un avant, c’est qu’au moment de conclure un point, il a en général plus de facilités qu’un arrière. Mais ce ne sont là que des généralités car il y a des arrières qui concluent très bien, comme Patxi Ruiz ou Bariola qui ont de très bonnes volées. Quel est le poste le plus approprié pour cette compétitionŠ il n’y en a pas vraiment.
Vous parlez d’un jeu très posé, pourtant avec les pelotes d’aujourd’hui, il semble que ça accélère ?
C’est aussi vrai, les pelotes sont très vives et le rythme de jeu est beaucoup plus élevé. Avant le mano à mano c’était beaucoup taper du rebond, c’était vraiment taper, taper, et ça se concluait en lâcher. Maintenant, dans une partie de manomanista, on peut avoir des deux murs, des ganchos, des sotamanos, des volées, on peut avoir de tout, c’est beaucoup plus complet.
En plus de la technique, cette épreuve demande
une grande condition physique ? Oui, le plus important c’est le coffre. Il faut avoir une résistance très très grande. La préparation est donc douloureuse. C’est ce qu’il y a de plus contraignant, car il faut développer sa capacité pulmonaire et augmenter sa capacité à résister à l’échange. Il y a plein de formules, chacun a la sienne. Il y en a qui conviennent plus à certains qu’à d’autres. Moi, c’est surtout beaucoup de travail en montagne, sur le sable pour acquérir cette endurance. J’habite à Ascain, j’ai la Rhune à côté et il y a suffisamment d’endroits pour s’entraîner ici. Vous restez donc au nord pour l’entraînement ?
Je bosse depuis des années avec Pampi Laduche. J’ai eu travaillé avec des gars au sud, avec tout ce qui était salle de musculation et autres. J’en suis revenu car il y avait des choses qui me convenaient et d’autres pas. On a passé un pacte avec l’empresa et l’on travaille à l’heure actuelle avec Pampi. Tant qu’on a des résultats, on bosse avec lui et le jour où l’on n’en a plus, on retourne avec eux. Il s’avère que des résultats, on en a, que ce soit Xala ou moi. Chaque année, on est plus ou moins en demi-finale ou en finale. Ça prouve que la méthode n’est pas trop mauvaise.
Le physique est donc très important. Vous vous êtes arrêté après le championnat par équipes pour vous préparer ?
Non, on n’a pas arrêté. C’est vrai, l’idéal serait de jouer une compétition et lorsque tu perds, pouvoir te préparer uniquement pour la compétition suivante. Mais dans notre cas, vu qu’on est beaucoup demandés dans les villes et villages, les empresas nous font jouer et l’on n’a pas vraiment de repos entre le championnat par équipes et le mano à mano. Alors on se prépare pour un objectif : le deux à deux. Une fois cet objectif passé, on passe au suivant : le tête-à-tête. Entre-temps, il faut à la fois se préparer physiquement pour ce nouvel objectif tout en jouant les parties que les empresas nous demandent de jouer.
Avez-vous digéré la déception du championnat par
équipes ? On a tout gagné sauf la demie, la principale. Ça ne se digère pas. Je suis déçu. On passe à autre chose après ça, mais on n’oublie pas. Un mot sur votre adversaire, Martinez de Irujo,
vainqueur deux fois du Manomanista (2004 et 2006) ?
Irujo a été absent pendant un an. C’est un très grand champion. L’an dernier, il a eu une année à vide, mais auparavant il a eu deux années sur orbite. Il gagnait tout ou presque tout. Le corps réclame une pause, sa blessure vient de là. Je pense que je vais jouer contre lui au moment où il est en train de remonter son niveau. Je suis aussi totalement conscient que ça va être une partie très très difficile. Je vais avoir du mal à gagner c’est certain. Mais bon, j’ai travaillé cette partie depuis un moment et arrivera ce qui arrivera.
Pourquoi est-il si fort ?
Irujo est un monstre, pas physiquement, mais techniquement. On lui dit de taper de toutes les positions possibles et inimaginables, il le fait sans problème de la droite ou de la gauche. C’est quelqu’un d’hyperoffensif. Il a tellement de possibilités, de capacités qu’il est imprévisible. Il a tous les coups.
Comment gagner alors ?
Les sept premiers points vont être affreux. Je vais essayer de le contrer car je sais qu’il va partir comme un fou. Il va tout risquer. Il va taper comme un sourd et je devrai laisser passer l’orage sans perdre trop le contact à la marque. Si j’arrive à tenir physiquement, j’essaierai ensuite de mettre un coup dans la deuxième partie de la rencontre de sept à quatorze. Mais bon, entre la stratégie aujourd’hui et la partie, tout peut être différent.
Concernant votre jeu. Lorsque vous menez, vous semblez des fois absent, ce qui permet à votre adversaire de revenir sans être extraordinaire. D’où ça vient ?
Mon défaut, c’est que quand je prends l’avantage je deviens vacant, c’est-à-dire que je flotte dans l’atmosphère. Je suis là sans être là. Quand je vois au bout d’un moment que ça revient, je suis là de nouveau, c’est un gros problème de concentration. Ça vient du mental, du caractère et c’est très dur de changer. Mais je me suis beaucoup amélioré depuis mes débuts en professionnel, en analysant les parties à la vidéo, en discutant avec les gens, en écoutant les appréciations, les commentaires.
Vous avez rencontré une fois Irujo en tête-à-tête, c’était l’année de son premier titre. Comment ça s’était passé ?
13 partout puis 22-13. Il était parti comme un fou, j’ai réussi à m’accrocher. Quand il a vu qu’il y avait de la résistance, il a énormément risqué : des buts à droite vraiment courts, rasé la raie, tout passait. Il avait tout mis dedans. La confiance qu’il avait cette année-là, peut-être qu’il ne l’aura pas demain. Il ne sera pas alors en mesure de risquer les choses de la même façon.
Après le titre de Manomanista de segunda en
2000, trois demi-finales consécutives en primera, 2008 est-ce l’année de
Sébastien Gonzalez ? Au mois de décembre, ça va faire dix ans que je suis dans le circuit. Je fais le manomanista depuis tout ce temps, en deuxième série ou en première série. J’ai quatre demi-finales et pas une finale. Trois ans de suite que je suis en demi-finale deux à deux et en tête-à-tête, j’espère que ça va changer et que je vais aller plus loin. On peut miser notre Livret A sur vous alors ?
Si vous avez quinze euros sur le compte allez-y, sinon à vous de voir. La seule chose que je peux dire c’est qu’il me tarde de jouer. Je ne veux pas me rater, ça peut être une jolie partie.
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