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Le JPB > Sujet à la une 2008-05-13
Les initiateurs de la fête des ikastola ont été à l’honneur de ce 25e anniversaire
·L’anniversaire a été célébré avec une journée complète, riche en animations diverses et en prises de parole

La moitié du chemin parcouru, Herri Urrats a jeté un coup d’¦il en arrière. Pour son 25e anniversaire, les initiateurs de la fête étaient à l’honneur. Le travail mené par ces parents d’élèves a porté ses fruits : la manifestation de cette année en est le témoin.

Ils étaient une poignée de parents à monter des tentes militaires (achetées aux enchères), autour du lac de Saint-Pée-Sur-Nivelle. La première année ils pensaient accueillir 5 000 personnes, finalement, ils en accueillaient 10 000. Aujourd’hui, Herri Urrats réunit autour de 60000 personnes. Un peu moins cette année, à cause du long pont du 8 mai et de la Pentecôte, d’après les organisateurs.

"La difficulté a été de faire perdurer le succès ; ils y ont réussi", reconnaît l’actuel président de Seaska, la fédération des ikastola. Ce jeune parent d’ikastola en attribue le mérite à ses prédécesseurs. Eux aussi parents d’ikastola et militants avant tout. Certains sont présents dans la salle lors de l’ouverture officielle du 25e Herri Urrats.

Le chemin sera long

L’organisation de cette fête n’est qu’une image de l’état d’esprit de ces établissements. Ce sont les parents qui portent le projet des ikastola, et le président Paxkal Indo met un point d’honneur à ce que cela dure, car "ces derniers 25 ans le chemin a été long et ce sera encore le cas à l’avenir".

Le président de l’association regroupant les ikastola des sept provinces du Pays Basque, Koldo Tellitu, l’a bien précisé : "nous allons faire tout ce qu’il faut pour le développement de l’euskara et la mise en marche d’un programme pédagogique commun", qui s’appelle aussi le "curriculum basque".

La photo de groupe prise dimanche illustre bien le chemin parcouru par les ikastola : des anciens parents d’élèves, les actuels moteurs des ikastola, les compagnons de route de toujours, puis ceux qui se sont joints au mouvement ces dernières années, alors que le travail des ikastola devenait incontestable. Au centre, l’Inspecteur d’académie.

La visite de celui-ci n’a pas été la seule nouveauté de cette fête annuelle. Les changements réalisés dans le coin des enfants ont particulièrement marqué : une grande scène leur a offert des animations diverses. Et a surtout permis de trouver de l’ombre pendant cette journée qui, malgré les menaces, a laissé passer de nombreux rayons de soleil.

Cette année encore, les jeux gonflables, les ateliers et jeux de groupe n’ont pas raté le rendez-vous. Pour les aînés, Xiba, le tournoi de jeux basques, a donné l’occasion de passer des moments joyeux entre amis. Les équipes se sont mesurées sous le soleil de midi, avant d’entamer l’apéritif.

A cette même heure a démarré l’habituelle manifestation organisée par les familles de prisonniers basques. Celle-ci a contourné le lac avec les photos des parents incarcérés.

Programme riche

D’autres, en famille ou entre amis ont fait le tour du lac, à toutes les heures de la journée. A chaque zone aménagée, ils se sont arrêtés pour se rafraîchir, se restaurer ou profiter des animations proposées par les organisateurs. A partir de dix heures toutes sortes d’activités ou de manifestations culturelles se sont succédé.

Un programme riche et de qualité. Sont sortis du lot, la représentation du Ballet Biarritz Junior, le concert en plein air de Peio Serbiel, le nouveau groupe de ska en vogue Esne Beltza et le groupe de rock celtique de la côte atlantique, Celtas Cortos. Malgré les quelques averses, le public était présent pour l’accueillir dans une ambiance aussi chaleureuse qu’humide.

C’est que le lac et ses installations sont devenus une garantie du bon fonctionnement de cette fête. "Pour l’instant nous avons du succès à Saint-Pée, et nous n’envisageons pas de changer de lieu. C’est un endroit agréable et adapté à cette manifestation", conclut Paxkal Indo.



Herri Urrats : vitrine de la reconnaissance de Seaska
L’Inspecteur d’académie Philippe Carrière ne pensait pas que sa présence allait créer un tel événement. A la veille des négociations entre Seaska et l’Inspection d’académie, alors qu’à Paris on débat sur les langues régionales, sa venue signe la reconnaissance des ikastola par l’Etat.

"Notre langue n’est toujours pas officielle, mais Seaska l’est", affirme Paxkal Indo, le président de Seaska, observant la large délégation de responsables politiques présents à l’ouverture d’Herri Urrats. Sa satisfaction apparente reste néanmoins mesurée, "ce n’est pas une révolution, ce n’est qu’un pas en avant". Il sait que le travail militant des parents et des partenaires reste indispensable.

Les négociations en cours démontrent que tout n’est pas gagné. Seaska demande 12 postes d’enseignants. Pour l’instant, l’Inspection d’académie n’en promet qu’un. Et M.Carrière n’a pas voulu donner de faux espoirs à la fête des ikastola. "Le contexte budgétaire est difficile", a-t-il prévenu. Et d’ajouter : "le développement de la langue ne dépend pas que des moyens. Il faut remettre en cause le contenu de l’enseignement, la formation des enseignants".

Quant aux discussions qui se poursuivent aujourd’hui à Pau, il les considère comme "des prémices d’un corps réglementaire" qui encadrerait l’ouverture de nouvelles ikastola. Les négociations vont également porter sur l’évaluation des élèves à la fin du primaire et sur la définition de critères pour déterminer le nombre d’enseignants dont le primaire et le secondaire ont besoin.

M. Indo soutient que la régression de la langue basque demande le déploiement de plus de moyens, en comparaison avec les autres systèmes d’enseignement, "parce que Seaska a pour fonction de développer l’euskara dans toute la société". M. Carrière est d’accord sur le principe, néanmoins, il émet une objection : "il n’est pas possible d’avoir des classes de dix-sept élèves".

Discours incohérent de l’Etat

L’Inspecteur d’académie a tout de même fait remarquer que sa visite est "une grande avancée". Il a reconnu que le discours de l’Etat français n’a pas toujours été très cohérent et que "certains sujets sont tabous". Il a cependant confirmé l’attachement que le Gouvernement avait sur ce dossier.

En ce qui concerne le conseiller régional F. Maitia et le conseiller départemental J.J. Lasserre, ils se sont affichés comme des défenseurs des ikastola de la première heure. Le premier a attendu pendant 25 ans la venue de l’Inspecteur, le second a affirmé que "le Conseil général a toujours essayé de jouer son rôle et a soutenu la première convention spécifique du Pays Basque". M. Brisson, président de l’Office Public de la Langue Basque, a reconnu que Seaska forme des locuteurs complets et qu’elle est "en phase avec notre projet de politique linguistique". Il a avoué que c’était un acteur difficile et exigeant, mais sérieux et crédible.

Le Gouvernement de la CAB a été doublement présent. Il a envoyé la conseillère du département de la Culture et le conseiller du département de l’Education. Ceux-ci ont défendu l’idée d’un travail commun en faveur du basque dans le cadre d’une Europe unie.


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