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Le JPB > Sujet à la une 2008-05-16
2000 personnes ont défendu le service public à Bayonne hier matin
·Education en tête, l’ensemble des secteurs de la fonction publique a répondu à l’appel des syndicats, unis

Il n’y avait peut-être pas autant de monde qu’espéré par les syndicats. Hier matin, dans les rues de Bayonne, leurs représentants ont compté 2 000 personnes venues manifester au nom de la défense du service public, contre leur départementalisation et les suppressions d’emploi dans l’ensemble du secteur (voir encadré page 3). Les policiers ont dénombré 1600 protestataires, derrière des syndicats unis pour l’occasion.

"Pour la défense du service public, ici c’est pas mal" estime le communiste et CGTiste Daniel Romestant, présent du début à la fin du cortège. Quelques élus de gauche ont également participé au défilé, comme les socialistes Jérôme Aguerre (Bayonne) et Galery Gouret-Houssein (Biarritz).

300 étudiants

Au-delà des têtes connues, c’est l’ensemble de la fonction publique locale qui s’est mobilisée pour défendre son avenir. On trouvait bien sûr des représentants de l’Education Nationale, dont le conflit avec le ministre Xavier Darcos dure depuis plusieurs mois. Professeurs, instituteurs, parents d’élèves, lycéens, personnel éducatif et même les enseignants du privé se sont mobilisés. Les étudiants, eux, n’étaient que 300, un chiffre que les leaders syndicaux auraient voulu plus élevé mais qui était prévisible en cette période de révision printanière.

Les ikastola n’ont également pas manqué le défilé, derrière leur banderole "ahalak hezkuntzan gizarte hobe baterako" - des moyens dans l’enseignement pour une société meilleure.

A noter que le service minimum d’accueil a été très peu suivi, ici comme sur l’ensemble de l’Hexagone.

Banderole unitaire

Outre le monde de l’éducation, les employés de l’hôpital de Bayonne se sont pour leur part fait remarquer sous leur panneau. Les syndicats ont également rassemblé dans leurs rangs des agents des collectivités territoriales du Pays Basque, des employés des impôts, du secteur judiciaire ou encore des douaniers, tous concernés par la départementalisation des services et la réduction de leurs effectifs.

Le cortège a cependant défilé derrière une banderole unitaire des syndicats. La CDT, CFTC, CGT, FO, FSU, Solidaires, UNSA ont tous signé leurs revendications communes : "pour un service public de qualité pour tous, sur tout le territoire; une politique éducative ambitieuse; pour la réussite de tous et un emploi public statutaire et qualifié". La banderole était brandie par des représentants de chaque syndicat, porteurs également de drapeaux rappelant leur filiation.

Le beau temps était au moins de la partie. C’est déjà une amélioration par rapport aux mouvements récents. Cela a valu une première pique du porte-parole syndical au micro, qui s’est réjoui d’un "rayon de soleil en provenance directe de l’Élysée. Sarkozy nous voilà!".

Ambiance

Démarré de la place Sainte Ursule, le cortège s’est doucement organisé jusqu’au pont Saint-Esprit, au son de musiques cubaines et revendications tout droit venues des hauts parleurs. Sur le pont, alors que des enfants grimpent dans la remorque de la camionnette CGT, on entend ironiser au micro : "hé bien le voilà, le service minimum d’accueil".

Les 2000 manifestants ont ensuite tourné au quai Dubourdieu, avant de remonter la rue de la poissonnerie, devant les halles : direction la cathédrale, puis l’avenue thiers, avant de finir par un sit-in, place de la liberté, devant la mairie de Bayonne.

Durant une grosse heure de marche, tous les volets de la fonction publique passent au crible des revendications syndicales (voir encadré). Principale cible : la RGPP (réforme générale des politiques publiques), vaste chantier lancé par le gouvernement pour "rationaliser les dépenses publiques tout en améliorant la qualité des politiques publiques". Le verdict, qui tombe du porte-parole syndical, est sans appel : "la RGPP, on n’en veut pas!", sous les huées de la foule. "Est-ce que les Basques veulent de la RGPP?" Un manifestant s’empare du micro et émet un borborygme incompréhensible - de type "beuuuuuuark", ce qui ressemble fort à une réponse négative. "Le gouvernement définit les moyens avant de définir les missions, alors qu’il devrait faire le contraire. C’est la neutralité, l’impartialité du service public qui est remis en question, sans concertation avec les syndicats ni débat parlementaire".

A midi, alors que certains étudiants ont sorti leurs instruments pour animer le sit-in en musique, les représentants syndicaux ont sollicité un entretien avec Jean Grenet, afin de demander au député de relayer le message au plan hexagonal. Le maire, qui s’est dit "souffrant", ne les a pas reçus hier, mais a promis un rendez-vous jeudi prochain.

Le 22 mai s’annonce donc comme une journée sociale très chargée, puisque les syndicats ont également fixé un nouveau rendez-vous, toujours à 10h30 et devant la place Sainte Ursule, pour défendre les retraites cette fois. "Ca va être énorme" promet le porte-parole CFDT.



La colère du milieu scolaire ne faiblit pas
Le monde de l’éducation a bien évidemment tenu un rôle essentiel dans les manifestations d’hier, avec notamment un enseignant sur deux en grève en moyenne. Les protestations de tous ses acteurs et de leurs syndicats respectifs, se font entendre depuis des mois et l’annonce des 11 200 suppressions de postes dans l’ensemble de l’Etat Français. Ce qui correspond pour le département à 16 suppressions dans le premier degré, 60 dans le second, 9 dans l’enseignement professionnel, sans compter plusieurs dizaines dans l’administration et les établissements.

L’école maternelle et primaire du Grand Bayonne s’est faite remarquer dans le cortège d’hier par ses hommes et femmes-sandwiches, encadrés par des pancartes jaunes "école en danger". Les parents d’élèves et les enseignants de l’établissement sont sur le sentier de la guerre depuis plusieurs semaines pour protester contre la disparition d’un, voire deux postes, d’ici la rentrée prochaine. "Il faut qu’ils nous laissent nos instits, on va se retrouver avec des classes à 26, voire 30 élèves l’année prochaine, avec une multiplication des classes mixtes" explique une maman. Ils avaient déjà bloqué l’école le 7 mai dernier. De nombreux autres établissements basques sont livrés à des situations similaires. Le lycée Louis de Foix, par exemple, doit faire face à 3 suppressions de poste, plus un et demi transformé en heures supplémentaires.

Côté lycéens, la marche de protestation est désormais bien rôdée. La banderole bilingue est désormais familière : "Hezkuntza es da merkantza bat! L’éducation n’est pas une marchandise!".

La plupart des manifestants interrogés ne se font guère d’illusion sur la capacité du ministère à entendre leurs revendications. "On espère, mais c’est tout ce qu’on a".



Les raisons de la colère du service public dans les principaux secteurs
La Réforme Générale des Politiques Publiques (RGPP) est au c¦ur des discordes, qui ont rassemblé des dizaines de milliers de personnes dans les rues (entre 50 000 et 60 000 à Paris). Ce vaste chantier, voulu par le gouvernement pour "rationaliser les dépenses publiques", conduira à ne pas remplacer un fonctionnaire sur deux partant à la retraite à partir de 2009. Dans le cadre de la RGPP, ce sont 35 000 à 40 000 postes par an qui devraient passer à la trappe.

Education : les syndicats contestent fermement la suppression des 11 200 postes dans l’Education Nationale (voir encadré page 2).

Santé : La question des moyens est ancienne dans le service de la santé. Mais c’est le rapport Larcher, qui préconise le regroupement des hôpitaux publics sous forme de "communautés hospitalières du territoire" spécialisées, qui fait plus particulièrement jaser dans les couloirs de l’hôpital. "Il parait qu’on perdrait le service de neurochirurgie" craint un employé du centre hospitalier de Bayonne, chef d’équipe de sécurité et d’incendie. "On deviendrait un grand pôle de cardiologie en retour, mais ça n’enlève pas le problème de la proximité : si quelqu’un a besoin d’une intervention en Œneurochi’, il va devoir se déplacer. On va perdre en efficacité en urgence".

Justice : Les syndicats disent "non à la réforme de la carte judiciaire et la départementalisation de la justice". Cette réforme, en supprimant plusieurs tribunaux ou en déchargeant de leurs compétences, obligerait les citoyens à couvrir plusieurs centaines de kilomètres pour régler un petit litige. Les syndicats contestent également l’idée du divorce par consentement mutuel qui se réglerait chez le notaire. Cette réforme, voulue par Rachida Dati, serait "source d’inégalités".

Douanes : "Il ne sera plus possible de lutter efficacement contre la fraude et le trafic de stupéfiants", annonce la CFDT pour contrer l’idée de supprimer des postes dans ce secteur. La base maritime de Bayonne a déjà failli être démantelée en 2005. Mais Jean Grenet et Michèle Alliot-Marie (actuelle ministre de l’Intérieur) avaient obtenu son maintien. Bayonne demeure actuellement l’une des quatre dernières bases encore actives sur la côte Atlantique (avec Royan, Lorient et Brest).

DGCCRF : Par ailleurs, avec des suppressions "massives" de postes dans la Direction Générale de la Concurrence, de la Consommation et de la Répression des Fraudes, les syndicats s’interrogent sur le contrôle des prix et la lutte contre la fraude, "ce qui au final pénalisera le consommateur".

Impôts : si le secteur des impôts n’est habituellement pas le plus populaire qui soit, la période incite les syndicats à y défendre ses postes. "Moins de poste, c’est moins d’accueil pour les contribuables".


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