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Culture

"Quand on a reformé Pigalle, on ne savait pas si on allait pouvoir toucher l'ancien public"

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04/10/2008

François Hadji-Lazaro est la figure de proue de nombreux groupes dont Pigalle qui revient sur scène avec un CD Neuf et Occasion après plusieurs années en stand-by. Du chanteur auteur-compositeur se dégage toujours une sensibilité aussi énorme que son charisme. Ses textes transpirent d'humilité mais cernent toujours le quotidien avec autant de finesse et d'humour. Un matin d'octobre, son accent du nord débrouille les cartes.

Ce dernier album est un album hommage ou un retour en force du groupe Pigalle ?

Je vais répondre de façon un peu ambiguë. Je n'en sais rien et je ne me torture pas le ciboulot. Cela faisait trois albums sous mon nom avec mes amis musiciens et autant de tournées avec ce répertoire. J'ai eu besoin de changer. Je n'allais pas refaire un quatrième groupe. Deux des Garçons Bouchers sont malheureusement morts, pour Los Carayos, Manu Chao est quelque peu occupé dans le monde entier. La logique voulait que ce soit Pigalle. Comme on avait encore des contacts entre musiciens, cette interrogation est vite devenue une évidence.

Il fallait tout de même sortir un objet. Je ne voulais pas d'une compilation et il aurait été impossible de faire un nouvel album. On a coupé la poire en deux, enregistré de nouveaux morceaux compilés aux anciens dans l'ordre chronologique inverse.

Après plus de 20 ans sur la route, je sens bien avoir brouillé un peu trop les cartes. Les gens ont du mal à savoir : cinéma, Garçons Bouchers, Pigalle... C'était aussi l'occasion d'expliquer tout cela dans un DVD. Quand on a reformé Pigalle, on ne savait pas si on allait pouvoir toucher l'ancien public qui nous suivait il y a plus de dix ans. Par le bouche à oreille, on a vu que oui et qu'en plus il y avait les petits frères et les petites soeurs voire les enfants des générations d'avant qui disaient écouter Pigalle sans penser pouvoir les voir un jour «pour d'la vraie».

Le public basque vous connaît-il ? Et réciproquement, connaissez-vous le public basque ?

Il ne nous connaît pas tant que ça. Ce n'est pas une région où les Garçons Bouchers, Los Carayos ou Pigalle ont beaucoup tourné parce que c'est loin. Du coup on ne connaît pas tellement le public basque. Biarritz est un peu le point d'interrogation de la tournée, une des dates pour laquelle on sait moins ce qui va se passer. On va peut-être se retrouver barbouillés de confiture.

Ce soir-là on va jouer trois sortes de morceaux : les six nouveaux et les anciens sous deux formes différentes : avec le tampon d'époque puis avec des arrangements acoustiques ou électriques différents.

Depuis le début de votre carrière, on a l'impression que vous n'avez pas changé de «gueule» - comme on dit dans le jargon cinématographique - qui laisse l'impression que vous êtes atemporel.

Oui, ce qui m'a toujours dérangé est cette notion d'étiquette et de style, de choses bien référencées. C'est précisément ce qui fait la temporalité, que les choses passent et sont notées dans le temps. Ce sectarisme musical m'a toujours énervé et m'a incité à partir un peu dans tous les sens. Ce côté «je brouille les cartes» peut être négatif mais ça reste hors du temps. Le fait que j'utilise aussi bien les instruments ou les sons d'avant le Moyen Âge que des outils informatisés, font que les barrières électriques, acoustiques et artistiques tombent et on arrive pour résultat atemporel.

Que pensez-vous du téléchargement sur internet et plus généralement de l'industrie du disque actuelle ?

C'est grande hypocrisie que les grosses boîtes de disques hurlent sur le téléchargement. C'est certes un problème mais il faut voir les chiffres. Ces derniers montrent que ce sont toujours les mêmes choses qui sont téléchargées : les grosses charrettes showbussinessiennes ou les groupes de variétoches américaines.

C'est donc un faux problème qui cache le vrai, celui de vouloir faire du bénéfice à court terme, celui de la FNAC qui a tué une bonne partie du marché du disque et des disquaires. On évolue dans des stratégies de marché qui font que quand un disque sort, si cela n'accroche pas très vite, il est retiré des bacs immédiatement. Les boîtes de disques ont donc tendance à faire des choses faciles à caser et à comprendre vite.

Comment avez-vous débuté au cinéma et quel a été le rôle que vous avez préféré jouer ?

Il est passé une émission de groupes alternatifs les Enfants du Rock où j'étais interviewé et dans laquelle a été diffusé un extrait d'un concert des Garçons Bouchers particulièrement violent.

Le lendemain, j'ai reçu un coup de téléphone de Bertrand Tavernier pour un rôle. J'étais persuadé qu'il allait me cantonner à un rôle à cette image. Il m'a cependant proposé d'interpréter un moine du 15e siècle, un rôle complètement à côté de ce qu'il avait vu, c'est d'ailleurs la preuve que c'était un grand metteur en scène. J'ai aussi eu des rôles de brutes violentes et un rôle de femme. Mon métier n'est pas acteur. J'aime m'amuser, jouer des rôles décalés ce qui fait que je ne me suis jamais ennuyé.

Le rôle que j'ai préféré est celui d'un gardien de cimetière totalement décalé dans un film italien qui est reconnu dans le monde du cinéma fantastique : Dellamorte, dellamore de Michèle Soavi avec Ruppert Everett. Le cinéma italien a une façon de travailler qui est particulièrement intéressante.

Quel est votre auteur de littérature fétiche?

Mes références sont la littérature de Balzac, Stendhal. Si on me demande de citer l'écriture de quelqu'un, je dirai Louis Ferdinand Céline.

Petit, avez-vous reçu une éducation religieuse et/ou politique ?

Je suis le p'tit dernier d'une famille communiste militante à tout niveau. Mon père avait été mis au camp Mauthausen en Autriche pendant la guerre. J'ai été élevé là-dedans. Chez moi il y avait plus de tracts que de trains électriques. Cela m'a fait réfléchir à la situation d'autant plus jeune qu'un gamin normal.

Quelle a été votre première pensée ce matin ?

Houla, houla (rires). Qu'il fallait absolument que je me lève sinon les gosses aller être en retard à l'école. C'est difficile de leur donner des leçons si on ne les réveille pas.

J.I.
inprimatu